Aller au contenu
Built Morocco Architecture · Construction · Villes
Dernière vérification : 4 octobre 2026Vérifié
Construire au Maroc · Fondations

Qui fait quoi : commune, agence urbaine, wilaya, ANCFCC, ONA

Cinq administrations, chacune avec un pouvoir précis : à qui demander quoi, et quand.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 4 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Cinq administrations, chacune avec un pouvoir précis sur votre projet

La commune, par son président, délivre le permis de construire et le permis d’habiter. L’agence urbaine fournit la note de renseignements, prépare les documents d’urbanisme et dispose d’un avis conforme sans lequel aucune autorisation ne peut être délivrée. La préfecture ou province siège dans toutes les commissions et son gouverneur veille au respect des délais. L’ANCFCC, par ses conservateurs de la propriété foncière, tient le livre foncier et délivre titres et certificats. L’Ordre national des architectes tient le tableau des architectes habilités à signer les projets. Savoir à qui demander quoi évite la plupart des allers-retours.

Le même projet de maison passe entre les mains d’au moins cinq administrations, et chacune ne répond qu’aux questions qui la concernent. Demander à la commune ce que dit le plan d’aménagement, ou à l’agence urbaine si votre terrain est titré, fait perdre des semaines. Ce guide décrit le rôle de chaque acteur tel qu’il ressort du règlement général de construction, du dahir sur l’immatriculation foncière et des textes institutifs, et indique à quel moment du parcours vous le rencontrez. Il complète le guide sur le cadre légal de la construction.

Qui intervient à quel moment ?

En bref

L’ANCFCC avant l’achat, l’agence urbaine avant de dessiner, la commune au dépôt et à la fin, la préfecture pendant l’instruction, l’Ordre des architectes pour le choix du concepteur.

Les acteurs d’un projet de construction et le texte qui fonde leur rôle.
ActeurCe qu’il fait pour vousQuandTexte
Conservation foncière (ANCFCC)Immatricule le terrain, inscrit les droits, délivre le certificat de propriété et le duplicata du titreAvant l’achat, puis à chaque mutationDahir du 12 août 1913, art. 9, 52, 58, 61, 65
Agence urbaineDélivre la note de renseignements, prépare les plans d’aménagement, donne un avis conforme en commissionAvant de dessiner, puis pendant l’instructionDahir de 1993 ; RGC art. 6-8, 21, 35
Commune (président du conseil communal)Reçoit le dossier, préside la décision, délivre le permis de construire et le permis d’habiter, perçoit les taxesAu dépôt, à la décision, à l’achèvementLoi 12-90 art. 40 et 55 ; RGC art. 30, 35, 39, 41
Préfecture ou province, wilayaMembre permanent des commissions d’instruction et de récolement ; le gouverneur veille aux délaisPendant l’instruction et le récolementRGC art. 15, 21, 42, 49
Ordre national des architectes (ONA)Tient le tableau des architectes ; seul un inscrit peut signer les projets soumis à autorisation dans les cas prévusAu choix du concepteurLoi 016-89
Services à visa (protection civile, réseaux, télécoms)Émettent les avis et visas requis pour les grands projetsPendant l’instructionRGC art. 21, 26-27
TribunauxTribunal de première instance pour les oppositions foncières ; tribunal administratif pour les recours contre les décisions de l’administrationEn cas de litigeDahir de 1913, art. 32-37 ; droit administratif

Que fait la commune ?

En bref

Elle est le guichet et le signataire. Son président délivre le permis après avis de la commission, motive tout refus, et délivre le permis d’habiter après récolement.

La commune est l’interlocuteur de dépôt. Le règlement général de construction prévoit que le dossier est déposé au bureau d’ordre de la commune contre un accusé de réception numéroté et daté, qui vaut attestation de recevabilité (article 30). Dans les communes de plus de 50 000 habitants, un guichet unique des autorisations d’urbanisme est institué ; il est « l’interlocuteur unique des pétitionnaires » et doit renseigner sur les pièces, les circuits et l’état d’avancement (articles 10 et 12). Le secrétariat des commissions y est assuré par les services communaux compétents en matière d’urbanisme (article 25).

La commune est aussi le signataire. Le permis de construire prévu à l’article 40 de la loi 12-90 est délivré par le président du conseil communal, qui décide « à la lumière des avis et visas » de la commission (article 35), doit motiver tout refus (article 36) et notifie sa décision par lettre recommandée (article 40). Le même président délivre le permis d’habiter et le certificat de conformité prévus à l’article 55 de la loi 12-90, après récolement des travaux (articles 41 et 42). Les taxes communales liées à la construction sont acquittées à la commune avant la délivrance, comme le rappelle le modèle de permis annexé au règlement.

Ce que la commune ne fait pas : elle ne dit pas ce qu’autorise le plan d’aménagement pour votre parcelle, c’est l’objet de la note de renseignements de l’agence urbaine ; elle n’atteste pas la propriété, c’est le rôle de la conservation foncière ; et elle ne peut pas passer outre un avis défavorable de l’agence urbaine.

Que fait l’agence urbaine ?

En bref

Elle dit le droit des sols. Note de renseignements sous deux jours ouvrables, préparation des documents d’urbanisme, et avis conforme en commission : sans elle, pas de permis.

Les agences urbaines sont des établissements publics dotés de la personnalité morale et de l’autonomie financière, institués par le dahir portant loi du 10 septembre 1993 après la création des trois premières à Casablanca, Fès et Agadir. D’après l’analyse de Hassan Chtouki, juriste d’agence urbaine, elles sont chargées notamment de réaliser les études des schémas directeurs, de préparer les projets de documents d’urbanisme réglementaires et de conduire des opérations de réhabilitation et de restructuration ; elles couvrent aujourd’hui pratiquement tout le territoire.

Pour un particulier, l’agence urbaine intervient deux fois. D’abord par la note de renseignements urbanistiques, qu’elle délivre « à toute personne qui en fait la demande » dans un délai qui ne dépasse pas deux jours ouvrables (articles 6 et 7 du règlement général de construction), et qui indique l’affectation de la zone, les usages interdits, les possibilités d’occupation du sol, les reculs et la hauteur maximale (article 8). Ensuite en commission d’instruction, dont elle est membre permanent (article 21) : l’article 35 dispose que l’autorisation ne peut en aucun cas être délivrée sans l’avis conforme de son représentant. C’est le verrou réel de la procédure. Le guide sur les documents d’urbanisme explique ce que l’agence met dans la note.

Que font la préfecture, la province et la wilaya ?

En bref

Elles représentent l’État dans chaque commission et le gouverneur est chargé de faire respecter les délais ; depuis la loi 66-12, le contrôle des chantiers relève aussi de lui.

La préfecture ou province est membre permanent de la commission d’instruction (article 21) et de la commission de récolement (article 42). Dans les communes de 50 000 habitants ou moins, c’est auprès d’elle qu’est institué le comité préfectoral ou provincial d’urbanisme qui instruit les dossiers (article 15). L’article 49 confie aux gouverneurs une mission de surveillance : ils veillent à ce que communes, administrations et établissements publics respectent les délais de délivrance, incitent les retardataires à se conformer dans un délai qu’ils fixent, et « prennent les mesures qui s’imposent en cas de persistance du retard ». C’est donc vers la préfecture qu’on se tourne quand un dossier dort.

La loi 66-12 a renforcé ce rôle. D’après l’analyse publiée par Le360 lors de sa promulgation, le contrôle des chantiers est confié à des agents de la police judiciaire et à des auxiliaires de l’autorité relevant de la wilaya, de la préfecture et de l’administration, avec pouvoir d’ordonner l’arrêt immédiat d’un chantier en infraction. La wilaya, échelon régional dirigé par le wali, coordonne les commissions régionales, notamment en matière de dérogation d’urbanisme.

Que fait la conservation foncière ?

En bref

Elle établit et garde la preuve de la propriété. Immatriculation, inscriptions, certificats, duplicata : rien de ce qui touche au droit sur le terrain ne se passe ailleurs.

L’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie agit par ses conservateurs de la propriété foncière, nommés dans le ressort de chaque préfecture ou province et chargés « de la tenue du registre foncier » et « de l’exécution des formalités et des procédures prescrites pour l’immatriculation foncière » (article 9 du dahir du 12 août 1913). Le conservateur reçoit les réquisitions d’immatriculation, dirige les bornages, enregistre les oppositions, immatricule ou transmet au tribunal, établit le titre foncier (article 52) et en délivre le duplicata au propriétaire (article 58). Il délivre aussi, à toute personne qui le demande, un état des inscriptions portées sur un titre (article 61), ce qu’on appelle couramment le certificat de propriété.

Après l’immatriculation, c’est encore lui qui inscrit chaque vente, hypothèque ou succession, et l’article 66 du dahir rappelle qu’un droit réel sur un immeuble immatriculé n’existe à l’égard des tiers qu’à compter de cette inscription. Le conservateur engage sa responsabilité personnelle en cas d’omission ou d’irrégularité (article 97). Le guide Titre foncier vs melkia détaille la procédure.

Que fait l’Ordre national des architectes ?

En bref

Il tient le tableau des architectes habilités. C’est auprès de lui, ou de son conseil régional, que l’on vérifie qu’un architecte est bien inscrit avant de lui confier un projet.

Institué par la loi 016-89 relative à l’exercice de la profession d’architecte, l’Ordre national des architectes tient le tableau des praticiens autorisés à exercer et veille à la déontologie de la profession. Le règlement général de construction suppose son intervention à plusieurs étapes : les plans sont établis par le concepteur du projet, qui peut assister à la commission pour le présenter (article 29), et lorsque les travaux ont été dirigés par un architecte, le récolement peut être remplacé par son attestation de conformité (article 45). Le modèle de déclaration d’achèvement des travaux comporte une rubrique pour le nom de l’architecte « dans le cas où le recours à ce professionnel est obligatoire ».

Avant de signer un contrat, vérifiez l’inscription de l’architecte au tableau de l’Ordre ; un plan signé par une personne non inscrite n’est pas recevable dans les cas où la loi impose l’architecte. Les cas où il est obligatoire sont traités dans le guide sur la loi 016-89. Built Morocco ne recommande aucun praticien.

Qui sont les services à visa ?

En bref

Protection civile, gestionnaires des réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement, télécommunications : ils donnent leur avis en commission, surtout pour les grands projets, et doivent le faire dans les délais.

Pour les grands projets, les membres permanents de la commission s’adjoignent les représentants de la direction générale de la protection civile, des services compétents en matière de télécommunications et des organismes chargés de la gestion des réseaux divers (article 21). Les membres non permanents sont limités aux administrations dont l’avis ou le visa est requis par la législation (article 23). Deux règles protègent le demandeur : ces entités « sont tenues de se prononcer, dans la limite de leurs compétences, dans les délais impartis ou, au plus tard, au cours de la réunion » (article 27), et leurs avis « ne doivent nullement être conditionnés par le règlement préalable des rémunérations pour services rendus » (article 28).

Pour une demande de morcellement, la commission comprend en outre un représentant de la conservation de la propriété foncière (article 22). Les raccordements définitifs aux réseaux restent soumis à l’autorisation de chaque gestionnaire, comme le rappelle le modèle de permis.

Et les tribunaux ?

En bref

Le tribunal de première instance tranche les oppositions à l’immatriculation ; le tribunal administratif connaît des recours contre les décisions de la commune ou de l’agence urbaine.

Deux juridictions peuvent entrer dans un projet. Le tribunal de première instance du lieu de l’immeuble reçoit les réquisitions d’immatriculation grevées d’oppositions non levées (article 32 du dahir de 1913) ; un juge rapporteur met l’affaire en état, et le tribunal statue sur l’existence et l’étendue des droits prétendus (articles 34 et 37). Le tribunal administratif, pour sa part, connaît des recours contre les décisions de l’administration, par exemple un refus de permis que le demandeur estime infondé, après un éventuel recours gracieux devant l’autorité qui a pris la décision. Le guide sur le refus d’autorisation détaille ces voies.

Quand consulter un professionnel

Quand un intermédiaire fait gagner du temps

Un architecte inscrit à l’Ordre connaît les circuits de chaque administration et peut déposer et suivre le dossier à votre place (article 30 du règlement). Un notaire ou un avocat foncier est l’interlocuteur naturel de la conservation foncière pour une immatriculation, une succession ou une indivision. Un juriste en droit administratif devient utile dès qu’un recours contre une décision est envisagé. Ce guide décrit les rôles ; il ne remplace pas l’examen de votre dossier.

Qui délivre le permis de construire, la commune ou l’agence urbaine ?

La commune, par son président. Mais l’agence urbaine dispose d’un avis conforme : l’article 35 du règlement général de construction interdit de délivrer l’autorisation sans l’accord de son représentant en commission.

À qui demander la note de renseignements ?

À l’agence urbaine territorialement compétente, qui doit la délivrer dans un délai ne dépassant pas deux jours ouvrables (articles 6 et 7 du règlement).

Où obtenir un certificat de propriété ?

À la conservation foncière dont dépend l’immeuble, qui délivre un état des inscriptions portées sur le titre (article 61 du dahir de 1913).

Que faire si la commune ne traite pas mon dossier ?

Interrogez d’abord le guichet unique, tenu de vous renseigner sur l’état d’avancement (article 12). Si le retard persiste, saisissez la préfecture ou la province : l’article 49 charge le gouverneur de faire respecter les délais.

Comment vérifier qu’un architecte est habilité ?

En vérifiant son inscription au tableau de l’Ordre national des architectes, tenu par l’Ordre et ses conseils régionaux.

Sources

  1. Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction, et annexes. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
  2. ANCFCC. Recueil des textes juridiques relatifs au régime de l’immatriculation foncière (dahir du 12 août 1913 tel que modifié et complété). Reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor205081.pdf
  3. Chtouki, H. (2011). La planification urbaine au Maroc : état des lieux et perspectives. FIG Working Week 2011, Marrakech. https://www.fig.net/resources/proceedings/fig_proceedings/fig2011/papers/ts06a/ts06a_chtouki_5236.pdf
  4. Azmi, I. (2016). Infractions immobilières : les promoteurs haussent le ton. Le360, 28 novembre 2016. https://fr.le360.ma/economie/infractions-immobilieres-les-promoteurs-haussent-le-ton-97227/