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Dernière vérification : 4 octobre 2026Vérifié
Construire au Maroc · Autorisation

Refus d’autorisation : motifs fréquents et recours

Lire les motifs, choisir entre corriger et contester, respecter les soixante jours : le mode d'emploi d'un refus.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 4 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Un refus doit être motivé ; vous avez soixante jours pour le contester, d’abord auprès de la commune, puis devant le tribunal administratif

Le président du conseil communal qui refuse une autorisation de construire est tenu de motiver sa décision et d’en informer le demandeur. Trois réponses sont possibles : modifier le projet et redéposer, ce qui est de loin la voie la plus rapide ; former un recours gracieux auprès du président ou un recours hiérarchique auprès de l’autorité supérieure ; ou saisir le tribunal administratif d’un recours en annulation pour excès de pouvoir, dans un délai de soixante jours à compter de la notification du refus, par requête signée d’un avocat. Le silence de l’administration pendant soixante jours vaut rejet et ouvre lui aussi le recours.

Un refus d’autorisation n’est presque jamais une fin : c’est une décision écrite, motivée, datée, qui dit précisément ce qui ne va pas. La lire bien est la première étape ; choisir entre corriger le projet et contester la décision est la seconde ; et respecter les délais est la troisième, parce qu’ils sont courts. Ce guide s’appuie sur le règlement général de construction, qui organise la décision de la commune, et sur la loi 41-90 instituant les tribunaux administratifs, qui organise le recours. Il prolonge le guide sur l’autorisation de construire.

Que doit contenir la décision de refus ?

En bref

Ses motifs. L’article 36 du règlement général de construction impose au président de motiver tout refus et d’en informer le demandeur. Un refus sans motif est irrégulier.

Le règlement général de construction prévoit qu’à l’issue de la commission d’instruction, un procès-verbal formalise « les avis individuels des membres » (article 34), que le président décide « à la lumière des avis et visas » (article 35), et qu’« en cas de refus de l’octroi de l’autorisation, le président du conseil communal est tenu de motiver sa décision et d’en informer le pétitionnaire » (article 36). Ces motifs sont votre matière première : ils renvoient à des règles identifiables, un article du règlement de zone, une pièce manquante, un avis défavorable d’un service.

Demandez le procès-verbal de la commission si la lettre de refus ne le reproduit pas. Il indique quel membre a émis quel avis. Un avis défavorable de l’agence urbaine pèse plus lourd que les autres, puisque l’article 35 interdit de délivrer l’autorisation sans son avis conforme ; un avis défavorable d’un gestionnaire de réseau peut souvent être levé par une pièce complémentaire.

Quels sont les motifs de refus les plus fréquents ?

En bref

Le non-respect du règlement de zone, un dossier incomplet en documents principaux, un statut foncier fragile, et des visas défavorables. La plupart étaient visibles avant le dépôt.

  • Non-conformité au document d’urbanisme : affectation de la zone, hauteur, reculs, coefficients, alignement. Ce sont les éléments que la note de renseignements aurait montrés ; le guide sur le COS et le CUS explique comment les lire.
  • Dossier irrecevable : l’article 33 rend irrecevable tout dossier qui ne comporte pas la totalité des documents principaux, mais interdit de rejeter pour l’absence d’un document d’information. Vérifiez à laquelle des deux catégories appartient la pièce reprochée.
  • Preuve de propriété insuffisante : titre, réquisition ou acte adoulaire contesté, indivision non réglée. Voir le guide Titre foncier vs melkia.
  • Avis défavorable d’un service : protection civile, réseaux, télécommunications, patrimoine en zone protégée.
  • Terrain grevé : emprise réservée pour un équipement, zone non constructible, périmètre mis à l’étude, servitude.
  • Plans non signés par un architecte inscrit dans les cas où la loi 016-89 l’impose.

Faut-il contester ou corriger ?

En bref

Si le motif est fondé, corrigez et redéposez : le règlement prévoit ce circuit et il se compte en jours. Contestez seulement si la décision est illégale, pas seulement défavorable.

Le règlement général de construction organise lui-même la correction. Lorsque la commission demande des modifications, le président adresse au demandeur une lettre recommandée dans les deux jours ouvrables suivant la réception du procès-verbal, et les délais de délivrance « ne commencent à courir de nouveau qu’à compter de la date du dépôt par le pétitionnaire des plans ou autres documents modificatifs » (article 37). Pour de simples pièces complémentaires ou des réserves sans incidence sur les avis, un délai supplémentaire de cinq jours ouvrables est accordé au concepteur (article 38). Un refus fondé sur une règle d’urbanisme claire ne sera pas annulé par un tribunal : le juge contrôle la légalité, pas l’opportunité.

Le recours a sa place lorsque la décision est entachée de ce que l’article 20 de la loi 41-90 appelle un excès de pouvoir : « incompétence de l’autorité qui l’a prise », « vice de forme », « détournement de pouvoir », « défaut de motif » ou « violation de la loi ». Un refus non motivé, un refus fondé sur un document d’urbanisme qui n’est pas opposable, ou un refus pour l’absence d’un document d’information en sont des exemples typiques.

Attention

Corriger et contester ne s’excluent pas, mais le délai de recours court dès la notification du refus. Si vous choisissez de redéposer un projet modifié, sachez que le délai de soixante jours contre le premier refus continue de courir ; un recours gracieux déposé dans ce délai le préserve.

Comment fonctionne le recours gracieux ou hiérarchique ?

En bref

Une demande écrite de réexamen, adressée au président qui a refusé (gracieux) ou à l’autorité supérieure (hiérarchique), avant l’expiration des soixante jours. Le silence de l’administration pendant soixante jours vaut rejet.

L’article 23 de la loi 41-90 donne aux intéressés « la faculté de saisir, avant l’expiration du délai » de soixante jours, « l’auteur de la décision d’un recours gracieux ou de porter devant l’autorité administrative supérieure un recours hiérarchique ». Ce recours préalable a deux effets. Il ouvre une chance de réexamen sans procès : le président peut revenir sur sa décision, notamment si vous apportez une pièce ou une lecture du règlement qu’il n’avait pas. Et il déplace le point de départ du délai contentieux : « le recours au tribunal administratif peut être valablement présenté dans le délai de soixante jours à compter de la notification de la décision expresse de rejet, total ou partiel, du recours administratif préalable ».

Le silence gardé « plus de 60 jours par l’autorité administrative sur le recours gracieux ou hiérarchique vaut rejet ». Le recours gracieux s’adresse donc par écrit, contre récépissé ou par lettre recommandée, en citant la décision attaquée, les motifs qu’elle invoque et les raisons pour lesquelles ils sont infondés, pièces à l’appui. Conservez la preuve de son dépôt : l’article 21 exige, pour la requête contentieuse ultérieure, « une copie de la décision rejetant ce recours ou, en cas de rejet implicite, d’une pièce justifiant son dépôt ».

Comment saisir le tribunal administratif ?

En bref

Par une requête écrite signée d’un avocat, dans les soixante jours, devant le tribunal administratif de votre domicile ou du lieu de la décision ; la requête en annulation est dispensée de taxe judiciaire.

Les tribunaux administratifs sont compétents « pour juger, en premier ressort, les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les décisions des autorités administratives » (article 8). Le tribunal « est saisi par une requête écrite signée par un avocat inscrit au tableau de l’un des barreaux du Maroc » (article 3) ; le greffe en délivre récépissé. L’article 10 vous laisse le choix du tribunal du domicile du demandeur ou de celui dans le ressort duquel la décision a été prise. La requête doit être accompagnée d’une copie de la décision attaquée (article 21) et « est dispensée du paiement de la taxe judiciaire » (article 22).

  1. Dater la notification. Le délai de soixante jours court « à compter de la publication ou de la notification à l’intéressé de la décision attaquée » (article 23). Conservez l’accusé de réception.
  2. Choisir la voie. Recours gracieux ou hiérarchique dans les soixante jours, ou saisine directe du tribunal.
  3. Réunir les pièces. Décision de refus, procès-verbal de la commission, note de renseignements, dossier déposé, preuve du recours préalable le cas échéant.
  4. Déposer la requête par avocat. Au greffe du tribunal administratif compétent, contre récépissé (article 3).
  5. Demander, si besoin, le sursis. Sur demande expresse, le tribunal « peut, à titre exceptionnel, ordonner qu’il soit sursis à l’exécution » de la décision (article 24).
  6. Suivre l’instruction. Un juge rapporteur est désigné ; l’affaire est jugée en audience publique par trois magistrats, après conclusions du commissaire royal de la loi et du droit (articles 4 et 5).

Le jugement est susceptible d’appel. La loi 41-90 prévoyait l’appel devant la chambre administrative de la Cour suprême (article 45) ; des cours d’appel administratives ont depuis été instituées par la loi 80-03, et c’est devant elles que l’appel est porté aujourd’hui.

Que faire si la commune ne répond pas du tout ?

En bref

Le silence de l’administration pendant soixante jours sur une demande vaut rejet implicite, et vous disposez alors de soixante jours pour saisir le tribunal. Avant cela, le guichet unique et le gouverneur sont les leviers prévus par le règlement.

Deux textes se complètent. Le règlement général de construction fait du guichet unique l’interlocuteur tenu de vous renseigner sur « l’état d’avancement des demandes d’autorisation en cours d’instruction » (article 12), et charge les gouverneurs de veiller au respect des délais, d’inciter les retardataires « à se conformer aux lois et règlements en vigueur, dans un délai qu’ils fixent » et de prendre « les mesures qui s’imposent en cas de persistance du retard » (article 49). Une lettre à la préfecture ou province, rappelant les dates de dépôt et les délais du règlement, est donc le premier levier.

La loi 41-90 ajoute l’issue contentieuse : « le silence conservé pendant une période de 60 jours par l’administration à la suite d’une demande dont elle a été saisie équivaut, sauf disposition législative contraire, à un rejet. L’intéressé peut alors introduire un recours devant le tribunal administratif dans le délai de 60 jours à compter de l’expiration de la période de 60 jours ci-dessus spécifiée » (article 23). Autrement dit, après soixante jours de silence s’ouvre une fenêtre de soixante jours pour agir.

Que se passe-t-il après une annulation ?

En bref

Le tribunal annule la décision ; il ne délivre pas le permis. L’administration doit reprendre l’instruction en respectant le jugement.

Le recours en annulation est un contrôle de légalité. Si le tribunal fait droit à la requête, la décision de refus disparaît, et la commune doit statuer à nouveau sur la demande en tenant compte des motifs du jugement ; elle ne peut pas opposer le même motif jugé illégal. Si le refus était justifié par une autre règle non examinée, un nouveau refus régulièrement motivé reste possible. C’est pourquoi la voie de la correction du projet, quand le motif est fondé, est presque toujours plus courte que le procès.

Quand consulter un professionnel

L’avocat est obligatoire au contentieux, l’architecte utile dès le refus

La requête devant le tribunal administratif doit être signée d’un avocat inscrit à un barreau marocain (article 3 de la loi 41-90) ; le recours gracieux, lui, peut être rédigé sans avocat mais gagne à l’être. Un architecte inscrit à l’Ordre est la personne qui dit, à la lecture du procès-verbal, si le motif de refus se corrige par une modification du projet ou s’il révèle une erreur de l’administration. Consultez-le avant de choisir la voie, dans les premiers jours du délai, pas à la fin.

Quel est le délai pour contester un refus d’autorisation de construire ?

Soixante jours à compter de la notification du refus, pour le recours en annulation devant le tribunal administratif (article 23 de la loi 41-90). Un recours gracieux ou hiérarchique déposé dans ce délai ouvre un nouveau délai de soixante jours à compter du rejet exprès de ce recours.

La commune peut-elle refuser sans donner de motif ?

Non. L’article 36 du règlement général de construction impose au président de motiver sa décision et d’en informer le demandeur. Le défaut de motif est l’un des cas d’excès de pouvoir énumérés à l’article 20 de la loi 41-90.

Faut-il un avocat pour contester ?

Oui devant le tribunal administratif : la requête doit être signée par un avocat inscrit à un barreau marocain (article 3). Le recours gracieux auprès de la commune peut être présenté sans avocat.

Le recours coûte-t-il une taxe judiciaire ?

La requête en annulation pour excès de pouvoir en est dispensée (article 22 de la loi 41-90). Les honoraires d’avocat restent à la charge du requérant.

Que vaut le silence de la commune ?

Un rejet implicite au bout de soixante jours, qui ouvre un délai de soixante jours pour saisir le tribunal (article 23). Avant cela, le guichet unique doit vous renseigner et le gouverneur est chargé de faire respecter les délais.

Le tribunal peut-il m’accorder le permis ?

Non. Il annule la décision illégale ; la commune doit alors réexaminer la demande en respectant le jugement.

Sources

  1. Royaume du Maroc (1993). Dahir n° 1-91-225 du 10 septembre 1993 portant promulgation de la loi n° 41-90 instituant des tribunaux administratifs. Reproduit par l’International Center for Not-for-Profit Law. https://www.icnl.org/wp-content/uploads/Morocco_admincourt.pdf
  2. Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
  3. Royaume du Maroc. Loi n° 80-03 instituant des cours d’appel administratives (version consolidée). Portail Adala, ministère de la Justice. https://adala.justice.gov.ma/api/uploads/2024/03/01/Cours d’appel administrative-1709301571216.pdf