Réponse courte
Deux coefficients, deux questions : combien de sol la construction peut couvrir, combien de plancher elle peut totaliser
Le règlement d’une zone limite la construction par deux rapports à la superficie du terrain : l’un plafonne l’emprise au sol, c’est-à-dire la part de la parcelle que le bâtiment peut couvrir ; l’autre plafonne la surface totale de plancher, tous niveaux additionnés. Avec la hauteur maximale et les reculs, ils dessinent le volume constructible. Les sigles qui les désignent, COS et CUS, ne sont pas employés dans le même sens par tous les règlements ni par toutes les sources ; la seule lecture fiable est la définition écrite dans le règlement de la zone, que la note de renseignements joint en extrait.
« Mon terrain fait 400 m², combien puis-je construire ? » La réponse n’est jamais un seul chiffre : elle dépend d’un coefficient d’emprise, d’un coefficient de plancher, d’une hauteur, de reculs, et parfois d’un cahier des charges de lotissement qui serre encore la vis. Ce guide explique ce que mesure chaque coefficient, pourquoi leurs noms prêtent à confusion, comment ils se combinent avec la hauteur et les reculs, et comment faire le calcul sur un exemple. Il s’appuie sur le règlement général de construction et sur les définitions publiées par la presse spécialisée, et renvoie au guide sur les documents d’urbanisme.
Que mesurent les deux coefficients ?
En bref
L’un rapporte la surface bâtie au sol à la superficie du terrain ; l’autre rapporte la surface totale de plancher à cette même superficie. Le premier dessine l’empreinte, le second la densité.
L’article 8 du règlement général de construction impose à la note de renseignements d’indiquer « les possibilités maximales d’occupation et d’utilisation du sol ». La formule recouvre deux limites distinctes. La première est une limite d’empreinte : la projection au sol de la construction, murs extérieurs compris, ne peut dépasser une fraction de la parcelle. La seconde est une limite de volume : la somme des surfaces de plancher de tous les niveaux ne peut dépasser un multiple de la parcelle. Un terrain peut avoir une empreinte autorisée faible et une densité autorisée forte, ce qui impose un bâtiment étroit et haut ; ou l’inverse, ce qui impose un bâtiment étalé et bas.
Médias24 formule la distinction en termes simples : l’un des coefficients « va définir le nombre de m² que vous pouvez construire sur votre terrain » et « tient compte de la hauteur des constructions », l’autre « va définir l’emprise du bâtiment sur votre terrain, un peu comme une empreinte ». Retenez les deux questions plutôt que les deux sigles : combien de sol, combien de plancher.
Pourquoi COS et CUS prêtent-ils à confusion ?
En bref
Parce que les règlements marocains, les sources professionnelles et l’usage français n’attribuent pas toujours le même sigle à la même notion. Lisez la définition, pas l’abréviation.
Dans l’article de Médias24 cité ci-dessus, « COS » désigne le coefficient qui donne les mètres carrés constructibles de plancher et « CUS » celui qui donne l’emprise au sol. D’autres sources professionnelles marocaines désignent l’emprise par un coefficient d’emprise au sol et réservent « COS » au plancher, et certains règlements d’aménagement définissent eux-mêmes leurs sigles différemment. En France, le « COS » désignait la densité de plancher et le « CES » l’emprise, ce qui alimente la confusion chez les lecteurs francophones. Il n’existe pas, dans les textes que nous avons pu lire, de définition nationale unique et obligatoire des sigles.
Attention
Ne calculez jamais un potentiel constructible à partir d’un sigle lu sur une annonce ou sur un site. Demandez la note de renseignements, ouvrez l’extrait du règlement de zone qui y est joint, et lisez la définition que ce règlement donne à chaque coefficient. C’est cette définition, et elle seule, que la commission d’instruction appliquera.
Comment la hauteur et les reculs entrent-ils dans le calcul ?
En bref
La hauteur plafonne le nombre de niveaux ; les reculs réduisent la surface au sol disponible ; le coefficient de plancher plafonne le total. La plus contraignante des trois limites gagne.
La note de renseignements indique, outre les coefficients, « les conditions d’implantation des immeubles par rapport aux limites séparatives ou mitoyennes » et « la hauteur maximale des constructions » (article 8). Ces règles se combinent. Les reculs par rapport à la voie et aux limites définissent un rectangle constructible à l’intérieur de la parcelle ; l’emprise autorisée peut être plus petite que ce rectangle, auquel cas c’est elle qui compte, ou plus grande, auquel cas ce sont les reculs. La hauteur maximale, exprimée en mètres ou en niveaux (R+2, R+3), donne le nombre d’étages possibles ; multipliée par l’emprise, elle donne un plancher théorique que le coefficient de plancher vient plafonner. Le règlement général de construction utilise lui-même la hauteur comme critère de procédure : les logements individuels d’une hauteur inférieure ou égale à 11,50 m (R+2) dans un lotissement réceptionné relèvent de la procédure des petits projets.
Un nouvel alignement, mentionné sur la note sous la forme « un nouvel alignement est à respecter le long de la voie … de … m d’emprise », retranche une bande de la parcelle avant tout calcul : les coefficients s’appliquent à ce qui reste, et les reculs se mesurent à partir de la nouvelle limite.
Comment faire le calcul sur un exemple ?
En bref
Exemple fictif, à seule fin de méthode : parcelle de 400 m², emprise maximale 0,5, plancher maximal 1,2, hauteur R+2, reculs de 4 m sur rue et 3 m sur les autres limites. Résultat : 480 m² de plancher au plus, et ce sont les reculs qui mordent le premier.
Les valeurs ci-dessous sont inventées pour la démonstration ; les coefficients réels se lisent dans le règlement de votre zone.
| Étape | Règle | Calcul | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1. Rectangle après reculs | 4 m sur rue, 3 m sur les trois autres limites | (20 − 4 − 3) × (20 − 3 − 3) | 13 × 14 = 182 m² |
| 2. Emprise autorisée | Coefficient d’emprise 0,5 | 400 × 0,5 | 200 m² |
| 3. Emprise réelle | La plus petite des deux | min(182 ; 200) | 182 m² |
| 4. Plancher par la hauteur | R+2, soit 3 niveaux | 182 × 3 | 546 m² |
| 5. Plancher autorisé | Coefficient de plancher 1,2 | 400 × 1,2 | 480 m² |
| 6. Plancher réel | La plus petite des deux | min(546 ; 480) | 480 m² |
Trois enseignements. Sur une petite parcelle, les reculs sont souvent plus contraignants que le coefficient d’emprise : ici, ils ramènent l’emprise de 200 à 182 m². Le coefficient de plancher plafonne ensuite ce que la hauteur permettrait : 480 m² au lieu de 546. Et le dernier niveau sera donc partiel, ou le bâtiment sera moins étalé qu’autorisé. Un architecte fera ce calcul avec les définitions exactes du règlement, qui précisent ce qui compte ou non dans la surface de plancher : sous-sols, terrasses, locaux techniques et balcons sont traités différemment selon les règlements.
Que change le cahier des charges d’un lotissement ?
En bref
Il peut être plus strict que le plan d’aménagement : emprise, hauteur, reculs, aspect. Dans un lotissement, c’est lui qui s’applique en plus du plan.
Médias24 rappelle que l’acquéreur d’un lot est « contraint de respecter le cahier des charges du lotissement qui vous détaillera tous les éléments urbanistiques nécessaires ». Le cahier des charges, annexé à l’autorisation de lotir délivrée en application de la loi 25-90, fixe souvent des reculs, une hauteur ou une emprise inférieurs à ceux de la zone, et parfois des prescriptions d’aspect. Il ne peut pas être plus permissif que le plan d’aménagement ; il peut être plus restrictif. Demandez-le au vendeur ou au lotisseur avant de dessiner.
Pourquoi les petites parcelles perdent-elles plus que les autres ?
En bref
Parce que les reculs sont fixés en mètres alors que les coefficients sont proportionnels : plus la parcelle est petite, plus les reculs en mangent une part avant qu’aucun coefficient ne s’applique.
Dans l’exemple ci-dessus, les reculs ont coûté 218 m² sur 400, soit plus de la moitié, avant même que le coefficient d’emprise n’intervienne. Sur une parcelle de 1 000 m² avec les mêmes reculs, ils n’en auraient coûté qu’un tiers environ. C’est pourquoi les parcelles étroites en façade ou enserrées entre trois limites séparatives sont les plus pénalisées, et aussi celles dont le prix est le plus souvent surévalué sur la base de « 400 m² constructibles » alors que le volume réel est bien moindre. Avant de négocier le prix, faites vous-même ce calcul approximatif avec les coefficients et les reculs de la note de renseignements : le chiffre obtenu est ce que vous achetez réellement, pas la superficie du titre.
Quelles erreurs reviennent le plus ?
En bref
Confondre emprise et plancher, oublier les reculs et l’alignement, compter le sous-sol ou les terrasses sans lire le règlement, et raisonner sur une note périmée.
- Multiplier la superficie par un coefficient lu sur une annonce, sans savoir s’il s’agit d’emprise ou de plancher.
- Oublier qu’un nouvel alignement retranche une bande de terrain avant tout calcul.
- Appliquer les coefficients à la superficie de la clôture plutôt qu’à celle du titre ou du bornage.
- Compter sous-sols, terrasses, garages ou locaux techniques comme s’ils étaient toujours exclus, ou toujours inclus, alors que chaque règlement en décide.
- Raisonner sur une note de renseignements ancienne : Médias24 recommande une note de moins de six mois, les plans étant actualisés périodiquement.
- Compter sur une dérogation pour dépasser un coefficient. Le dépassement constaté après coup expose à la régularisation, lorsqu’elle est possible, ou à la démolition partielle.
Quand consulter un professionnel
Le calcul final appartient à l’architecte
Ce guide donne la méthode ; le calcul opposable se fait avec les définitions du règlement de zone, qu’un architecte inscrit à l’Ordre lit couramment. Consultez-le avec la note de renseignements, l’extrait du règlement et, le cas échéant, le cahier des charges du lotissement, avant l’achat du terrain et non après. Un géomètre inscrit à l’Ordre fournit la superficie et les limites réelles sur lesquelles les coefficients s’appliquent.
Le COS désigne-t-il l’emprise au sol ou la surface de plancher ?
Selon les sources et les règlements, l’un ou l’autre. Médias24, par exemple, réserve « COS » au plancher et « CUS » à l’emprise ; d’autres sources font l’inverse ou emploient « CES » pour l’emprise. Lisez la définition écrite dans le règlement de votre zone.
Où trouve-t-on les coefficients de ma parcelle ?
Dans la note de renseignements urbanistiques délivrée par l’agence urbaine, qui indique les possibilités maximales d’occupation et d’utilisation du sol et joint un extrait du règlement de zone (article 8 du règlement général de construction et modèle annexé).
Les sous-sols et terrasses comptent-ils dans le plancher ?
Cela dépend de la définition de la surface de plancher dans le règlement applicable. Il n’y a pas de règle unique ; c’est un point à vérifier avec l’architecte.
Peut-on dépasser un coefficient par dérogation ?
Une dérogation d’urbanisme est une procédure exceptionnelle devant une commission ; son issue n’est jamais garantie. Un projet ne doit pas être conçu en comptant dessus.
Que se passe-t-il si la construction dépasse le coefficient autorisé ?
Le dépassement constitue une infraction relevant de la loi 66-12 ; selon les cas, une régularisation peut être demandée, sinon la mise en conformité ou la démolition partielle s’imposent.
Sources
- Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction, article 8, annexes 1 et 3. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
- Aboulfaraj, Z. (2025). De la carte au terrain : que cache un plan d’aménagement urbain ? Médias24, 9 octobre 2025. https://medias24.com/2025/10/09/de-la-carte-au-terrain-que-cache-un-plan-damenagement-urbain/
- Aboulfaraj, Z. (2025). Comment obtenir un permis de construire au Maroc ? Médias24, 24 mai 2025. https://medias24.com/2025/05/24/comment-obtenir-permis-construire-maroc/