Aller au contenu
Built Morocco Architecture · Construction · Villes
Dernière vérification : 4 octobre 2026Vérifié
Construire au Maroc · Autorisation

Autorisation de construire au Maroc : procédure, documents et délais réels

Du dépôt au permis d'habiter : la procédure article par article, les délais du règlement et ce qui les allonge dans la réalité.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 4 avril 2027 Lecture 12 min

Réponse courte

Un dossier déposé en commune, instruit par une commission, signé par le président du conseil communal

L’autorisation de construire, que les textes appellent permis de construire, est délivrée par le président du conseil communal après instruction du dossier par une commission où siègent la préfecture ou province, la commune et l’agence urbaine, dont l’avis conforme est indispensable. Le règlement général de construction fixe la procédure : dépôt contre accusé de réception, examen en « petit projet » séance tenante ou en « grand projet » sous quinze jours ouvrables, décision motivée, notification par lettre recommandée. Le permis devient caduc si les fondations n’ont pas commencé dans l’année. Les délais observés dépassent souvent les délais réglementaires ; ce guide distingue toujours les deux.

Beaucoup de projets prennent du retard non pas parce que la procédure est obscure, mais parce qu’on la découvre en marchant : un terrain dont le statut n’est pas clair, une note de renseignements jamais demandée, une pièce principale manquante qui rend le dossier irrecevable. Ce guide suit l’ordre réel des opérations, depuis la vérification du terrain jusqu’au permis d’habiter, en citant à chaque étape l’article du règlement général de construction qui s’applique. Il complète le guide sur le cadre légal de la construction.

Quand l’autorisation de construire est-elle obligatoire ?

En bref

Pour toute construction nouvelle, toute modification significative d’un bâtiment et tout changement de destination. L’obligation découle de l’article 40 de la loi 12-90.

Le permis de construire est l’autorisation prévue par l’article 40 de la loi 12-90 relative à l’urbanisme ; hors des périmètres urbains, il est prévu par l’article 7 du dahir du 25 juin 1960 relatif au développement des agglomérations rurales. Le règlement général de construction définit le « projet » comme toute construction, lotissement, groupe d’habitations ou morcellement dont la réalisation est soumise à l’obtention préalable d’une autorisation, qu’il soit porté par une personne physique ou morale, privée ou publique.

En pratique, l’obligation couvre la construction neuve, l’extension, la surélévation, la modification d’une façade et le changement de destination d’un local. Depuis la loi 66-12, les travaux de réparation qui n’exigent pas de permis d’habiter font l’objet d’un permis de réparation distinct, et la démolition d’un permis de démolir. La frontière entre ces autorisations et les travaux qui n’en requièrent aucune est traitée dans le guide sur les petits travaux.

Que vérifier avant de déposer ?

En bref

Deux choses : le statut foncier du terrain et sa note de renseignements urbanistiques, que l’agence urbaine délivre sous deux jours ouvrables.

La première vérification porte sur le terrain lui-même. Le modèle officiel de note de renseignements distingue trois cas : terrain objet d’un titre foncier, d’une réquisition d’immatriculation, ou non immatriculé. Un terrain non immatriculé n’est pas interdit de permis par le règlement, mais la preuve de la propriété repose alors sur un acte adoulaire dont la commune et l’agence urbaine apprécient la solidité. Le guide Titre foncier vs melkia explique pourquoi le titre change tout.

La seconde vérification est la note de renseignements urbanistiques. L’article 6 du règlement général de construction prévoit que l’agence urbaine la délivre à toute personne qui en fait la demande, et l’article 7 fixe un délai qui ne dépasse pas deux jours ouvrables. Elle indique, pour la parcelle, la nature du document d’urbanisme applicable, l’affectation de la zone, les utilisations interdites, les possibilités maximales d’occupation du sol, les règles d’implantation par rapport aux limites, la hauteur maximale et les conditions d’accès. L’article 7 précise qu’elle est établie sur la base des données fournies par le demandeur et ne vaut en aucun cas accord de principe sur un projet. C’est pourtant le document que l’architecte utilise pour dessiner, et celui qui révèle un terrain inconstructible avant qu’il soit trop tard.

Attention

Demandez la note de renseignements avant d’acheter, pas après. Un coefficient d’occupation du sol faible, un recul imposé le long d’une voie ou un classement en zone non constructible se lisent sur ce document, et aucun permis ne pourra y déroger sans passer par une procédure de dérogation incertaine.

Que contient le dossier ?

En bref

Des documents principaux, sans lesquels le dossier est irrecevable, et des documents d’information, qui peuvent être joints jusqu’à la délivrance. La liste officielle est fixée par arrêté conjoint.

L’article 32 du règlement renvoie la liste des pièces à un arrêté conjoint des ministères de l’urbanisme et de l’intérieur ; l’arrêté n° 337.20, publié au Bulletin officiel n° 6874 du 16 avril 2020, est le texte en vigueur. L’article 33 établit une distinction qui protège le demandeur : les documents principaux conditionnent la recevabilité, mais l’absence d’un document d’information ne peut en aucun cas motiver un rejet, ni au dépôt ni à l’instruction.

D’après le guide publié par Médias24 en 2025, un dossier de villa individuelle comprend la demande signée, le certificat de propriété, le plan cadastral, la note de renseignements, les plans architecturaux signés (situation, masse, niveaux, coupes, façades), la copie de la carte d’identité, l’engagement de respecter les plans « ne varietur », un photomontage de l’état des lieux et le contrat d’architecte. Les plans doivent être signés par un architecte inscrit à l’Ordre dans les cas où la loi 016-89 l’impose. La composition détaillée, pièce par pièce, fait l’objet du guide sur la composition du dossier.

Où dépose-t-on la demande ?

En bref

Au guichet unique des autorisations d’urbanisme dans les communes de plus de 50 000 habitants, sinon au bureau d’ordre de la commune ; en ligne via la plateforme Rokhas là où elle est déployée.

L’article 10 du règlement institue un guichet unique des autorisations d’urbanisme auprès des communes de plus de 50 000 habitants et de leurs arrondissements. L’article 12 en fait l’interlocuteur unique du demandeur : il renseigne sur les pièces, les circuits et l’état d’avancement du dossier. Dans les communes plus petites, l’article 15 confie l’instruction à un comité préfectoral ou provincial d’urbanisme. Le dépôt se fait au bureau d’ordre contre un accusé de réception numéroté et daté, qui vaut attestation de recevabilité sous réserve des documents principaux ; lorsqu’un guichet unique existe, l’accusé mentionne déjà la date de la réunion de la commission (article 30).

La dématérialisation, prévue à l’article 47 du règlement de 2013 et organisée par l’arrêté n° 338.20 de 2020, s’est traduite par la plateforme nationale Rokhas.ma, qui gère le dépôt, le suivi et la délivrance des autorisations d’urbanisme. Médias24 note qu’en 2025 la procédure est entièrement numérique et que le déplacement ne reste nécessaire que pour le paiement des taxes. Le dépôt peut être effectué par le demandeur, par le concepteur du projet ou par un mandataire (article 30), ce qui compte pour qui pilote un projet depuis l’étranger.

Comment le dossier est-il instruit ?

En bref

Par une commission d’instruction. Les « petits projets » sont examinés séance tenante ; les « grands projets » sous quinze jours ouvrables. L’agence urbaine a un avis conforme.

L’article 17 distingue deux procédures. Les « petits projets » de l’annexe 3 comprennent notamment les logements individuels d’une hauteur inférieure ou égale à 11,50 m (R+2) situés dans un lotissement réceptionné, les immeubles d’une hauteur inférieure ou égale à 15,50 m (R+3) dans un lotissement réceptionné, les locaux commerciaux de moins de 500 m² de plancher, et les modifications de constructions existantes sans changement de gabarit. Ils sont examinés par la commission dès leur dépôt, séance tenante (article 19). Les « grands projets » de l’annexe 2, dont les immeubles de plus de 15,50 m, les programmes de plus de vingt logements et les établissements recevant du public, suivent un autre rythme : la commune transmet le dossier aux membres de la commission dans les trois jours ouvrables et ceux-ci statuent dans les quinze jours ouvrables suivant la réception du dossier par la commune (article 18).

La commission réunit des membres permanents, représentants de la préfecture ou province, de la commune et de l’agence urbaine, auxquels s’ajoutent pour les grands projets la protection civile, les télécommunications et les gestionnaires de réseaux (article 21). Le concepteur peut y assister pour présenter le projet, à condition de se retirer lors de la délibération (article 29). À l’issue, un procès-verbal consigne l’avis individuel de chaque membre ; il est transmis au président de la commune, qui décide dans les trois jours ouvrables (article 34). L’article 35 pose la règle décisive : l’autorisation ne peut en aucun cas être délivrée sans l’avis conforme du représentant de l’agence urbaine.

  1. Dépôt au bureau d’ordre. Vous recevez un accusé de réception numéroté et daté ; avec un guichet unique, il indique la date de la commission (article 30).
  2. Transmission à la commission. Trois jours ouvrables pour un grand projet ; immédiate pour un petit projet (articles 18 et 19).
  3. Examen et procès-verbal. Quinze jours ouvrables au plus pour un grand projet ; séance tenante pour un petit projet. Chaque membre consigne son avis (article 34).
  4. Décision du président. Dans les trois jours ouvrables suivant la commission ; refus motivé et notifié (articles 34 à 36).
  5. Notification. Lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux jours ouvrables, accompagnée des plans « ne varietur » (articles 39 et 40).

Que se passe-t-il si la commission demande des modifications ?

En bref

Vous êtes informé par lettre recommandée sous deux jours ouvrables ; les délais repartent de zéro au dépôt des plans modifiés. Pour de simples compléments, cinq jours ouvrables vous sont accordés.

Deux cas sont prévus. Lorsque la commission exige des modifications, le président adresse au demandeur une lettre recommandée dans les deux jours ouvrables suivant la réception du procès-verbal ; les délais de délivrance ne recommencent à courir qu’à compter du dépôt des plans modificatifs, contre récépissé (article 37). Lorsque les observations se limitent à des pièces complémentaires ou à des réserves sans incidence sur les avis, elles sont notifiées au concepteur, qui dispose de cinq jours ouvrables pour rectifier (article 38). La différence est importante : dans le premier cas, l’horloge est remise à zéro ; dans le second, elle continue.

En cas de refus, l’article 36 impose au président de motiver sa décision et d’en informer le demandeur. Les motifs les plus fréquents et les voies de recours sont traités dans le guide sur le refus d’autorisation.

Combien de temps faut-il réellement ?

En bref

Le règlement compte en jours ouvrables ; les délais vécus se comptent en semaines ou en mois, surtout quand le dossier revient en commission. Les deux ne doivent jamais être confondus.

Additionnés, les délais du règlement donnent moins d’un mois pour un grand projet et quelques jours pour un petit projet. Le guide de Médias24 évoque un délai d’instruction de trente jours « dans la majorité des cas » pour une villa individuelle, plus long selon la complexité. Trois facteurs allongent la réalité : les allers-retours de l’article 37, qui remettent les compteurs à zéro ; les visas des services extérieurs, que l’article 27 enjoint pourtant de rendre « dans les délais impartis ou, au plus tard, au cours de la réunion » ; et les projets qui s’écartent du plan d’aménagement et passent en commission de dérogation. L’article 49 charge les gouverneurs de veiller au respect des délais et d’intervenir en cas de retard persistant.

La plateforme Rokhas publie des indicateurs de délais moyens par commune et par type de projet ; ce sont les seules données publiques d’observation. Built Morocco ne reprend ici aucun chiffre de délai vécu tant que le Baromètre n’a pas collecté ses propres données ; quand il le fera, il publiera des fourchettes avec leur effectif.

Que contient la décision, et quelles obligations suivent ?

En bref

Le modèle officiel de permis impose d’informer la commune 48 heures avant le début des travaux, d’afficher un panneau de chantier, de ne rien modifier sans nouvelle autorisation, et fixe la caducité à un an si les fondations n’ont pas commencé.

Le permis est délivré selon le modèle de l’annexe 6 du règlement, après apposition de la mention « ne varietur » sur les pièces écrites et graphiques. Ses articles types engagent le demandeur : informer les services de la commune par courrier 48 heures avant le commencement des travaux ; afficher sur le chantier, de manière apparente et permanente, la date et le numéro du permis, l’objet du projet et les professionnels en charge ; ne pas exploiter le domaine public ni raccorder l’immeuble aux réseaux sans autorisation préalable ; conserver sur place une copie du permis et des plans ; prévoir une clôture de chantier de deux mètres ; et déposer toute modification du projet comme une nouvelle demande d’autorisation.

La disposition la plus souvent ignorée est celle de l’article douze du modèle : le permis est réputé caduc si les travaux de fondations prévus aux plans n’ont pas débuté à l’expiration d’un délai d’un an à compter de sa délivrance. Un permis obtenu puis laissé dormir est un permis perdu.

Comment obtient-on le permis d’habiter ?

En bref

Par une déclaration d’achèvement des travaux, suivie d’un récolement par une commission préfecture-commune, ou d’une attestation de l’architecte qui a dirigé les travaux.

Prévu à l’article 55 de la loi 12-90, le permis d’habiter (pour l’habitation) ou le certificat de conformité (pour les autres usages) est délivré par le président du conseil communal sur demande du bénéficiaire, accompagnée d’une déclaration d’achèvement des travaux (article 41 du règlement). Il est établi après récolement, c’est-à-dire vérification de la conformité des travaux avec les plans autorisés, par une commission composée des représentants de la préfecture ou province et de la commune (article 42). Le président notifie la date du récolement dans les trois jours ouvrables du dépôt et convoque la commission dans les quinze jours ouvrables (article 43) ; le procès-verbal et la décision suivent dans les deux jours ouvrables (article 44).

L’article 45 offre une voie plus rapide : lorsque les travaux ont été dirigés par un architecte, le récolement peut être remplacé par son attestation certifiant la conformité des travaux aux plans et aux indications du permis. Le modèle de permis rappelle enfin qu’il est interdit d’exploiter l’immeuble avant l’obtention du permis d’habiter : sans lui, pas de raccordements définitifs ni de vente sereine. Le guide sur le permis d’habiter détaille cette étape.

Quand consulter un professionnel

Les situations où la procédure standard ne suffit pas

Faites intervenir un architecte inscrit à l’Ordre dès la lecture de la note de renseignements si le terrain présente l’un de ces traits : statut foncier non titré ou en indivision, zone agricole ou périmètre protégé, projet nécessitant une dérogation, construction existante à régulariser. Un avocat ou un juriste en droit de l’urbanisme est utile en cas de refus motivé ou de silence prolongé de l’administration. Dans les cas simples, un dossier complet et une note de renseignements lue avant l’achat évitent l’essentiel des retards.

Qui délivre l’autorisation de construire ?

Le président du conseil communal, après avis de la commission d’instruction. L’agence urbaine dispose d’un avis conforme : sans son accord, aucune autorisation ne peut être délivrée (article 35 du règlement général de construction).

Puis-je commencer les travaux dès le dépôt du dossier ?

Non. Le permis doit être délivré et notifié. Le modèle officiel impose en outre d’informer la commune 48 heures avant le début des travaux. Un chantier ouvert sans permis relève de la loi 66-12 et peut être arrêté immédiatement.

Combien de temps l’autorisation reste-t-elle valable ?

Selon le modèle de permis annexé au règlement, elle est réputée caduque si les travaux de fondations n’ont pas débuté dans un délai d’un an à compter de sa délivrance.

Puis-je déposer la demande moi-même ?

Oui : l’article 30 prévoit que le dépôt est effectué par le demandeur, par le concepteur du projet ou par toute personne mandatée. Les plans, eux, doivent être signés par un architecte inscrit dans les cas prévus par la loi 016-89.

Que faire si la commune ne répond pas dans les délais ?

Le règlement charge les gouverneurs de faire respecter les délais (article 49). En pratique, commencez par le guichet unique, qui doit vous renseigner sur l’état d’avancement (article 12), puis saisissez la préfecture ou province. Un conseil juridique est recommandé si le silence se prolonge.

Le permis d’habiter est-il obligatoire pour une maison individuelle ?

Oui. Il est prévu par l’article 55 de la loi 12-90 et conditionne l’occupation légale de la construction. Si un architecte a dirigé les travaux, son attestation de conformité peut remplacer le récolement.

Sources

  1. Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction, et ses annexes 1 à 8. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
  2. Infomédiaire (2020). Urbanisme/Maroc : publication au BO de 2 arrêtés sur les conditions de délivrance des autorisations. Infomédiaire, 20 avril 2020. https://www.infomediaire.net/urbanisme-maroc-publication-au-bo-de-2-arretes-sur-les-conditions-de-delivrance-des-autorisations/
  3. Aboulfaraj, Z. (2025). Comment obtenir un permis de construire au Maroc ? Médias24, 24 mai 2025. https://medias24.com/2025/05/24/comment-obtenir-permis-construire-maroc/
  4. Azmi, I. (2016). Infractions immobilières : les promoteurs haussent le ton. Le360, 28 novembre 2016. https://fr.le360.ma/economie/infractions-immobilieres-les-promoteurs-haussent-le-ton-97227/