Aller au contenu
Built Morocco Architecture · Construction · Villes
Dernière vérification : 4 octobre 2026Vérifié
Construire au Maroc · Fondations

Le cadre légal de la construction au Maroc : lois 12-90, 25-90, 66-12 et 016-89

Quatre lois et un règlement encadrent toute construction au Maroc ; le foncier a son propre régime. Ce que chaque texte règle, et où le lire.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 4 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Quatre lois et un règlement encadrent toute construction au Maroc

La construction au Maroc repose sur la loi 12-90 relative à l’urbanisme, la loi 25-90 relative aux lotissements et morcellements, la loi 66-12 relative au contrôle et à la répression des infractions, et la loi 016-89 relative à la profession d’architecte. Les procédures concrètes, c’est-à-dire où déposer un dossier, qui l’examine et dans quel délai, sont fixées par le règlement général de construction, approuvé par décret. Le statut du terrain relève d’un autre corpus, le dahir du 12 août 1913 sur l’immatriculation foncière, modifié par la loi 14-07.

Avant de dessiner, avant même d’acheter un terrain, il faut savoir quel texte gouverne quoi. La plupart des blocages que rencontrent les particuliers viennent de là : on demande à la commune ce qui relève de l’agence urbaine, on croit qu’un acte adoulaire vaut titre, on découvre après l’achat qu’une parcelle est inconstructible. Ce guide présente les textes qui comptent, ce que chacun règle, et où le lire dans sa version officielle. Il est le socle des autres guides du pilier Construire au Maroc.

Quels textes gouvernent la construction au Maroc ?

En bref

Deux lois de 1992 organisent l’urbanisme et les lotissements, une loi de 2016 organise le contrôle et les sanctions, une loi de 1993 encadre les architectes, et un règlement général de construction fixe les procédures. Le foncier a son propre régime.

Le tableau suivant situe chaque texte. Les dates données sont celles des dahirs de promulgation tels qu’ils figurent dans les visas du règlement général de construction de 2013 et dans le recueil de l’ANCFCC.

Les textes de référence et ce qu’ils règlent (d’après les visas du décret n° 2-13-424 et le recueil des textes de l’immatriculation foncière).
TexteCe qu’il règlePromulgation
Loi 12-90 relative à l’urbanismeDocuments d’urbanisme, permis de construire (article 40), permis d’habiter (article 55), règlement général de construction (article 59)Dahir n° 1-92-31 du 17 juin 1992
Loi 25-90 relative aux lotissements, groupes d’habitations et morcellementsAutorisation de lotir (article 2), de créer un groupe d’habitations (article 57), de morceler (article 58)Dahir n° 1-92-7 du 17 juin 1992
Loi 66-12 relative au contrôle et à la répression des infractionsContrôle des chantiers, sanctions, permis de réparer, de démolir et de régularisation ; modifie les lois 12-90 et 25-90Publiée au Bulletin officiel en 2016
Loi 016-89 relative à la profession d’architecteExercice de la profession, Ordre national des architectes, cas où le recours à l’architecte est obligatoireDahir n° 1-92-122 du 10 septembre 1993
Règlement général de constructionForme et conditions de dépôt, d’examen et de délivrance des autorisations, permis d’habiter et certificats de conformitéDécret n° 2-13-424 du 24 mai 2013, puis décret n° 2-18-577 du 12 juin 2019
Dahir du 12 août 1913 sur l’immatriculation foncièreRéquisition, bornage, oppositions, titre foncier, inscriptionsModifié et complété par la loi 14-07 (dahir du 22 novembre 2011)

Deux textes plus anciens gardent un rôle : le dahir du 25 juin 1960 relatif au développement des agglomérations rurales, qui régit encore les autorisations hors des périmètres urbains, et le dahir portant loi du 10 septembre 1993 instituant les agences urbaines, qui explique pourquoi ces établissements ont un avis décisif sur chaque dossier.

Que règle la loi 12-90 relative à l’urbanisme ?

En bref

Elle hiérarchise les documents d’urbanisme, pose l’obligation du permis de construire et renvoie à un règlement général de construction pour les procédures.

La loi 12-90 organise la planification : le schéma directeur d’aménagement urbain fixe les orientations à long terme, et le plan d’aménagement, document réglementaire, affecte les sols zone par zone et fixe les règles de construction. C’est dans le plan d’aménagement, ou dans le plan de zonage qui le précède, que se lisent la hauteur maximale, les reculs, le coefficient d’occupation du sol et les usages interdits. Le guide sur les documents d’urbanisme détaille comment les lire.

La même loi pose l’obligation du permis de construire à son article 40 et celle du permis d’habiter à son article 55. Le règlement général de construction de 2013 rappelle que le permis de construire est délivré par le président du conseil communal, et que l’autorisation ne peut en aucun cas être délivrée sans l’avis conforme du représentant de l’agence urbaine. Autrement dit, la commune signe, mais l’agence urbaine dispose d’un pouvoir de blocage.

L’article 59 de la loi renvoie à un règlement général de construction le soin de fixer la forme et les conditions de délivrance des autorisations. Il a fallu attendre 2013 pour qu’un tel règlement existe : avant cette date, chaque commune appliquait ses propres pratiques.

Que règle la loi 25-90 sur les lotissements ?

En bref

Elle encadre la division d’un terrain en lots destinés à la construction, la création d’un groupe d’habitations, et le morcellement.

Dès qu’un terrain est divisé pour être construit, on quitte le champ de la loi 12-90 pour entrer dans celui de la loi 25-90. Trois autorisations en découlent : l’autorisation de lotir, l’autorisation de créer un groupe d’habitations, et l’autorisation de morceler. Le règlement général de construction précise que la commission qui instruit une demande de morcellement comprend, en plus des membres habituels, un représentant de la conservation de la propriété foncière, ce qui montre à quel point la division du sol et le régime foncier sont liés.

Pour un particulier, la question se pose surtout à l’achat : acheter un lot dans un lotissement « réceptionné », c’est-à-dire dont les travaux d’équipement ont été reçus par la commune, change la procédure du futur permis. Les annexes du règlement général de construction classent en « petits projets » les logements individuels situés dans un lotissement réceptionné, et en « grands projets » les mêmes constructions hors lotissement au-delà d’une certaine hauteur.

Qu’a changé la loi 66-12 sur le contrôle et les sanctions ?

En bref

Elle a durci le contrôle des chantiers, créé de nouvelles autorisations (réparation, démolition, régularisation) et imposé des obligations de déclaration.

Adoptée en 2016 après plusieurs effondrements d’immeubles en construction, la loi 66-12 modifie et complète les lois 12-90 et 25-90. Son objet est le contrôle et la répression des infractions en matière d’urbanisme et de construction. D’après l’analyse publiée par Le360 lors de sa publication au Bulletin officiel, elle confie le contrôle à des agents de la police judiciaire ou à des auxiliaires de l’autorité, permet l’arrêt immédiat d’un chantier à la constatation d’une infraction, impose un cahier de chantier, et prévoit la déclaration des infractions dans un délai de 48 heures sous peine de complicité. Les sanctions ont été revues à la hausse, avec des peines privatives de liberté en cas de récidive.

Elle crée aussi des outils dont les particuliers ont besoin : un permis de réparation pour les travaux qui n’exigent pas un permis d’habiter, un permis de démolir, et une procédure de régularisation pour les constructions réalisées sans autorisation, soumise à l’accord de l’agence urbaine et du président de la commune. Le décret n° 2-18-577 de 2019, qui a actualisé le règlement général de construction, a précisément pour objet de fixer la forme et les conditions de ces nouvelles autorisations.

Attention

Les textes d’application de la loi 66-12 ont été publiés progressivement, notamment le décret n° 2-19-409 sur les modalités de contrôle. Avant de vous appuyer sur une disposition précise de cette loi, vérifiez sa version en vigueur et ses décrets : c’est le corpus qui a le plus évolué depuis 2016.

Que dit la loi 016-89 sur le recours à l’architecte ?

En bref

Elle réserve la conception et la signature des projets soumis à autorisation aux architectes inscrits à l’Ordre national, au-delà de seuils qu’elle fixe.

La loi 016-89 organise la profession d’architecte et institue l’Ordre national des architectes, qui tient le tableau des praticiens habilités. Pour le maître d’ouvrage, sa conséquence pratique est simple : les plans d’un projet soumis à autorisation doivent, dans les cas que la loi prévoit, être établis et signés par un architecte inscrit. Le règlement général de construction en tient compte à chaque étape : le concepteur du projet peut assister à la commission d’instruction pour présenter le dossier, et, lorsque les travaux ont été dirigés par un architecte, le récolement des travaux peut être remplacé par son attestation de conformité.

Les seuils de surface et les exceptions, notamment en milieu rural, sont détaillés dans le guide sur l’obligation de recourir à un architecte. Le présent guide ne les reproduit pas : ils doivent être lus dans le texte en vigueur.

Où sont écrites les procédures et les délais ?

En bref

Dans le règlement général de construction : guichet unique, commissions d’instruction, délais en jours ouvrables, modèles de décisions, permis d’habiter.

Le règlement général de construction approuvé par le décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 est le texte que tout maître d’ouvrage devrait lire au moins une fois. Il institue un guichet unique des autorisations d’urbanisme dans les communes de plus de 50 000 habitants et des comités préfectoraux ou provinciaux ailleurs ; il distingue une procédure « grands projets » et une procédure « petits projets » ; il fixe les délais en jours ouvrables à chaque étape ; il impose au président de la commune de motiver tout refus ; il décrit le permis d’habiter et le récolement des travaux ; et il annexe les modèles officiels de la note de renseignements, de la demande, du procès-verbal de commission et de la décision de permis.

Ce règlement a été actualisé par le décret n° 2-18-577 du 12 juin 2019, puis complété par deux arrêtés conjoints publiés au Bulletin officiel n° 6874 du 16 avril 2020 : l’arrêté n° 337.20, qui détermine les pièces exigibles pour chaque type de demande, et l’arrêté n° 338.20, qui fixe les modalités de la gestion dématérialisée des dépôts, de l’instruction et de la délivrance. C’est ce dernier qui donne sa base réglementaire au guichet numérique unique, la plateforme Rokhas.

Le fonctionnement détaillé, étape par étape, est l’objet du guide sur l’autorisation de construire.

Et le statut du terrain, qui le règle ?

En bref

Le dahir du 12 août 1913 sur l’immatriculation foncière, modifié par la loi 14-07 de 2011. Il n’appartient pas au droit de l’urbanisme mais conditionne tout permis.

Un terrain peut être constructible au sens du plan d’aménagement et pourtant impossible à construire légalement, parce que son statut foncier ne permet pas d’établir la propriété. Le régime du titre foncier est organisé par le dahir du 12 août 1913, dont l’article premier précise que l’immatriculation donne lieu à un titre qui annule tous titres antérieurs et purge tous droits qui n’y seraient pas mentionnés, et dont l’article 62 déclare le titre foncier définitif et inattaquable. La loi 14-07 de 2011 a modifié et complété ce texte, notamment la procédure d’opposition et l’immatriculation obligatoire par zones.

La différence entre un terrain titré et un terrain détenu par acte adoulaire, et ses conséquences sur un projet de construction, sont traitées dans le guide Titre foncier vs melkia.

Où lire ces textes dans leur version officielle ?

En bref

Au Bulletin officiel, en arabe avec une édition de traduction française ; les recueils des administrations compilent les versions consolidées.

Les lois et décrets paraissent au Bulletin officiel du Royaume. L’édition générale est en arabe ; une édition de traduction officielle existe en français, avec parfois quelques semaines de décalage. Le règlement général de construction de 2013, par exemple, a été publié en arabe au Bulletin officiel n° 6155 du 27 mai 2013 et en français au n° 6174 du 1er août 2013. Lorsqu’un doute d’interprétation survient, le texte arabe fait foi.

Deux compilations sont utiles. Le recueil des textes relatifs au régime de l’immatriculation foncière, publié par l’ANCFCC, donne le dahir de 1913 dans sa version consolidée, article par article, avec l’historique des modifications en notes. Pour l’urbanisme, les agences urbaines publient le règlement général de construction et ses annexes. Dans tous les cas, notez la date de la version que vous consultez : plusieurs de ces textes ont été modifiés depuis 2016.

Quand consulter un professionnel

Les cas où lire la loi ne suffit pas

Un architecte inscrit à l’Ordre ou un juriste spécialisé en droit de l’urbanisme est nécessaire dès que votre situation sort du cas simple : terrain non immatriculé ou en indivision, parcelle en zone agricole ou à proximité d’un site classé, construction existante réalisée sans autorisation, projet qui s’écarte du plan d’aménagement et suppose une dérogation, ou refus déjà notifié par la commune. Ce guide décrit les textes ; il ne se substitue pas à une consultation sur votre dossier.

Quelle est la différence entre la loi 12-90 et la loi 25-90 ?

La loi 12-90 régit l’urbanisme et la construction sur une parcelle ; la loi 25-90 régit la division d’un terrain en lots, la création d’un groupe d’habitations et le morcellement. Un particulier qui construit sa maison relève de la première ; un propriétaire qui divise son terrain pour vendre des lots relève de la seconde.

Le règlement général de construction de 2013 est-il toujours en vigueur ?

Il a été actualisé par le décret n° 2-18-577 du 12 juin 2019, qui intègre les autorisations créées par la loi 66-12 et la gestion dématérialisée. La structure décrite dans ce guide, guichet unique, commissions, délais, est celle du règlement ; consultez la version consolidée pour les détails.

La loi 66-12 concerne-t-elle les particuliers ou seulement les promoteurs ?

Les deux. Elle régit tout chantier, y compris l’autoconstruction, et crée des autorisations dont les particuliers ont besoin : permis de réparation, permis de démolir, régularisation d’une construction non autorisée.

Le texte français du Bulletin officiel a-t-il la même valeur que le texte arabe ?

L’édition générale en arabe est le texte officiel ; l’édition française est une traduction officielle. En cas de divergence, le texte arabe prévaut.

Pourquoi le statut foncier est-il traité à part ?

Parce qu’il relève d’un autre corpus, le dahir du 12 août 1913 modifié par la loi 14-07, géré par l’ANCFCC et non par les communes ou les agences urbaines. Un permis de construire suppose un droit de propriété établi, ce que seul ce régime garantit pleinement.

Sources

  1. Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction fixant la forme et les conditions de délivrance des autorisations. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
  2. ANCFCC. Recueil des textes juridiques relatifs au régime de l’immatriculation foncière : dahir du 12 août 1913 tel que modifié et complété, loi 14-07, loi 57-12. Reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor205081.pdf
  3. Infomédiaire (2020). Urbanisme/Maroc : publication au BO de 2 arrêtés sur les conditions de délivrance des autorisations. Infomédiaire, 20 avril 2020. https://www.infomediaire.net/urbanisme-maroc-publication-au-bo-de-2-arretes-sur-les-conditions-de-delivrance-des-autorisations/
  4. Azmi, I. (2016). Infractions immobilières : les promoteurs haussent le ton. Le360, 28 novembre 2016. https://fr.le360.ma/economie/infractions-immobilieres-les-promoteurs-haussent-le-ton-97227/
  5. Aboulfaraj, Z. (2025). Comment obtenir un permis de construire au Maroc ? Médias24, 24 mai 2025. https://medias24.com/2025/05/24/comment-obtenir-permis-construire-maroc/