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Les documents d’urbanisme : SDAU, plan d’aménagement, zonage, alignement

Le plan d'aménagement est le contrat entre la ville et votre parcelle. Ce qu'il contient, combien de temps il dure, et où le lire.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 4 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Le plan d’aménagement est le document qui compte pour votre parcelle ; le SDAU le précède, le plan de zonage le remplace provisoirement, l’arrêté d’alignement le complète

La loi 12-90 hiérarchise les documents d’urbanisme. Le schéma directeur d’aménagement urbain fixe les orientations d’une agglomération sur vingt-cinq ans et s’impose aux administrations. Le plan d’aménagement, approuvé par décret, traduit ces orientations en règles immédiatement applicables à chaque zone pendant dix ans : affectation, hauteur, reculs, coefficients. En l’absence de plan d’aménagement, un plan de zonage, approuvé par arrêté, produit effet au plus deux ans. Hors des périmètres urbains, le plan de développement des agglomérations rurales joue le même rôle. L’arrêté d’alignement, pris par le président de la commune, fixe la limite entre voie publique et propriétés. Pour un terrain donné, la note de renseignements de l’agence urbaine est l’extrait de ces documents.

Un plan d’aménagement se lit comme un contrat passé entre la ville et chaque parcelle : il dit ce qu’on peut y faire, jusqu’à quelle hauteur, à quelle distance de la rue, et parfois qu’on ne peut rien y faire parce qu’une école ou une voie y est prévue. Beaucoup d’acheteurs n’en découvrent les clauses qu’au refus de permis. Ce guide présente chaque document d’urbanisme prévu par la loi 12-90, sa portée, sa durée et la manière d’y accéder, en s’appuyant sur le règlement général de construction et sur une analyse de référence rédigée par un juriste d’agence urbaine. Il complète le guide sur le cadre légal.

Comment les documents s’emboîtent-ils ?

En bref

Du général au particulier : SDAU, puis plan de zonage ou plan d’aménagement, puis lotissement avec son cahier des charges, puis arrêté d’alignement. Chaque niveau doit respecter le précédent.

Parmi les innovations de la loi 12-90, Hassan Chtouki relève « la notion de hiérarchisation des documents d’urbanisme » : le plan de zonage et le plan d’aménagement doivent respecter les dispositions du schéma directeur relatives aux zones nouvelles d’urbanisation et à la destination générale du sol. Les autres documents applicables à un territoire couvert par un SDAU « continuent à produire leurs effets à condition que leurs dispositions soient compatibles » avec lui.

Les documents d’urbanisme de la loi 12-90 et du dahir de 1960, d’après Chtouki (2011) et le règlement général de construction.
DocumentPortéeHorizonApprobation
Schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU)Orientations du développement d’une agglomération et de son arrière-pays ; opposable à l’État, aux établissements publics et aux sociétés à capital public25 ansDécret, sur proposition de l’autorité chargée de l’urbanisme
Plan d’aménagement (PA)Règles d’utilisation du sol immédiatement applicables ; documents graphiques et règlement ; vaut déclaration d’utilité publique des équipements10 ansDécret ; mise en œuvre par la commune
Plan de zonageDéfinit l’utilisation des sols en l’absence de PA ; mesure conservatoire sans enquête publique2 ans au plusArrêté de l’autorité chargée de l’urbanisme, publié au BO
Plan de développement des agglomérations ruralesDocument graphique et règlement simplifié ; rend l’autorisation obligatoire dans l’agglomération10 ans, prorogeableArrêté du gouverneur puis du ministre de l’Intérieur
Arrêté d’alignementCréation, modification ou suppression de voies, places, parkings ; fixe la limite voie/propriétéSelon l’arrêtéPrésident du conseil communal (article 32 de la loi 12-90)
Arrêté de mise à l’étudeGèle un périmètre pendant l’étude d’un plan6 mois, renouvelable une foisAutorité chargée de l’urbanisme

Que fixe le schéma directeur d’aménagement urbain ?

En bref

La vision à vingt-cinq ans : zones d’extension, destination générale des sols, grands équipements. Il ne s’applique pas directement à votre permis, mais il dit où la ville ira.

Le SDAU « trace dans une perspective de 25 ans les grandes lignes du développement intégré du territoire auquel il s’applique », en tenant compte de l’agglomération, de sa zone d’influence et de son arrière-pays. Il se situe « au sommet de la hiérarchie des documents d’urbanisme ». Son élaboration relève de l’autorité gouvernementale chargée de l’urbanisme, en application de l’article 9 de la loi 12-90, et il est approuvé par décret. Une fois approuvé, il est opposable à l’État, aux établissements publics et aux personnes morales de droit privé à capital entièrement public, qui doivent s’y conformer dans leurs programmes.

Pour un particulier, le SDAU n’est pas le document que l’on oppose à un permis ; mais il annonce les zones d’extension future et les grands tracés, ce qui compte quand on achète un terrain en périphérie.

Que contient le plan d’aménagement et que vous impose-t-il ?

En bref

Un règlement et des plans. Pour chaque zone : affectation, hauteur maximale, reculs, coefficients, usages interdits, emprises réservées. C’est la référence de toute autorisation.

Le plan d’aménagement « n’est pas un acte prospectif » : il « définit le droit d’utilisation du sol par des règles précises immédiatement applicables », met en œuvre les orientations du SDAU sur dix ans et se compose « d’un ou plusieurs documents graphiques et d’un document écrit dit règlement ». Médias24 résume son contenu pratique : chaque zone est assortie d’un règlement fixant hauteur des bâtiments, densité, alignement, retraits, usages permis ou interdits, et le plan « sert de référence obligatoire pour la délivrance des autorisations (construire, lotir, aménager) ».

Son élaboration est à l’initiative de l’autorité gouvernementale chargée de l’urbanisme, avec la participation des communes et sous réserve des attributions des agences urbaines. Le projet passe en commission locale, puis en enquête publique d’un mois pendant laquelle propriétaires et habitants peuvent formuler des observations, puis devant le conseil communal, avant approbation et publication au Bulletin officiel. Chtouki signale qu’en vertu de l’article 27 de la loi 12-90, l’écoulement de douze mois après la clôture de l’enquête publique rend le document inopposable au public, ce qui explique l’enjeu des délais d’homologation.

Attention

Le texte d’approbation du plan d’aménagement « vaut déclaration d’utilité publique des opérations nécessaires à la réalisation des équipements prévus pendant 10 ans ». Un terrain réservé à une école, une voie ou un espace vert est gelé pendant cette durée : il n’est pas constructible par son propriétaire. Passé ce délai sans réalisation, « les propriétaires reprennent la disposition de leurs terrains, qui bénéficient alors du statut des terrains avoisinants ». La réserve se lit sur la note de renseignements ; vérifiez-la avant tout achat.

À quoi sert le plan de zonage ?

En bref

À tenir lieu de plan d’aménagement pendant au plus deux ans. Il est approuvé par simple arrêté, sans enquête publique.

Le plan de zonage « permet de définir l’utilisation des sols en l’absence d’un PA pour un secteur déterminé » ; de là « son caractère transitoire ». Établi à l’initiative de l’autorité chargée de l’urbanisme avec les communes, il ne donne lieu à aucune enquête publique, étant une mesure conservatoire destinée à préparer le plan d’aménagement et à préserver les orientations du SDAU. Approuvé par arrêté publié au Bulletin officiel, il « produit des effets à l’égard de l’administration et des tiers pendant une durée maximale de 02 ans ». Le modèle officiel de note de renseignements prévoit expressément le cas du terrain régi par un plan de zonage plutôt que par un plan d’aménagement.

Et hors des villes ?

En bref

Le dahir du 25 juin 1960 régit les agglomérations rurales hors des périmètres de la loi 12-90, avec un plan de développement simplifié valable dix ans.

Le dahir du 25 juin 1960 relatif au développement des agglomérations rurales s’applique aux agglomérations situées en dehors des périmètres définis à l’article 18 de la loi 12-90, c’est-à-dire hors des communes urbaines et de leurs zones périphériques, des centres délimités, des groupements d’urbanisme et des zones à vocation spécifique. Il institue le plan de développement, « à la fois un document graphique et juridique » composé d’un plan et d’un règlement simplifié sous forme de tableau, qui produit effet dix ans, prorogeable une fois. Dès qu’une agglomération en est dotée, « l’obtention d’une autorisation préalable est imposée pour toute construction ». Le plan est homologué par arrêté du gouverneur puis approuvé par arrêté du ministre de l’Intérieur, les deux publiés au Bulletin officiel.

Que change un arrêté d’alignement ?

En bref

Il fixe où s’arrête la voie publique et où commence votre terrain ; une partie de la parcelle peut être frappée d’alignement et devenir inconstructible.

L’arrêté d’alignement est, selon Chtouki, « un outil particulièrement simple » : les présidents des conseils communaux « peuvent décider la création des voies, places et parkings, la modification de leur tracé ou leur largeur ou leur suppression » par arrêté assorti d’un plan indiquant la limite de la voirie, sur le fondement de l’article 32 de la loi 12-90. C’est le seul document d’urbanisme à l’initiative des élus locaux. Le modèle officiel de note de renseignements comporte une mention type : « un nouvel alignement est à respecter le long de la voie d’aménagement n° … de … m d’emprise ». La bande frappée d’alignement n’est pas constructible et le recul se calcule à partir de la nouvelle limite, pas de la clôture actuelle.

Qu’est-ce qu’un arrêté de mise à l’étude ?

En bref

Un gel temporaire d’un périmètre pendant qu’un plan est en préparation, pour éviter que des constructions ne compromettent ses prévisions.

Le législateur a prévu les arrêtés de mise à l’étude « en vue de fixer les limites du territoire pour lequel l’étude de ce plan est envisagée afin que des opérations d’aménagement ou de construction ne viennent mettre en échec ses prévisions ». Leur validité est limitée à six mois, renouvelable une seule fois pour une durée équivalente. Chtouki note qu’ils sont « rarement pris », les élus étant peu favorables à une mesure qui les empêche de délivrer des autorisations. Si votre terrain est dans un périmètre mis à l’étude, la note de renseignements le mentionne et l’instruction peut être suspendue.

Comment lire ces documents pour votre terrain ?

En bref

Par la note de renseignements urbanistiques de l’agence urbaine, qui en extrait les règles applicables à la parcelle et joint un extrait du plan. Dans un lotissement, le cahier des charges s’ajoute.

L’article 8 du règlement général de construction impose à la note de renseignements d’indiquer la nature du document d’urbanisme en vigueur (plan de zonage, plan d’aménagement ou plan de développement), l’affectation de la zone, les utilisations interdites et celles soumises à conditions, les possibilités maximales d’occupation et d’utilisation du sol, les conditions d’implantation par rapport aux limites, la hauteur maximale et les conditions d’accès. Le modèle officiel y joint « une copie de la réglementation urbanistique applicable aux zones susvisées ainsi qu’un extrait du document d’urbanisme ». Médias24 recommande de vérifier que la note « soit récente (moins de 6 mois) et tienne compte du plan d’aménagement en vigueur », les plans étant généralement actualisés tous les dix ans.

Deux compléments. Si le terrain est un lot d’un lotissement autorisé, le cahier des charges du lotissement s’ajoute au plan d’aménagement et peut être plus restrictif. Et les plans eux-mêmes sont consultables à la commune et à l’agence urbaine, où ils sont affichés après approbation. La lecture des coefficients fait l’objet du guide sur le COS et le CUS ; la démarche complète avant un achat, du guide sur la vérification d’un terrain.

Peut-on s’écarter du plan d’aménagement ?

En bref

Par une dérogation, instruite en commission régionale. La loi le prévoit ; la pratique s’est longtemps appuyée sur des circulaires, ce qui rend l’issue incertaine.

La loi 12-90 permet aux auteurs des documents d’urbanisme de préciser les secteurs qui peuvent être modifiés et les conditions à satisfaire. Chtouki constate que cette disposition est peu appliquée et que la dérogation a surtout été organisée par circulaires ministérielles, avec des effets négatifs sur la cohérence urbaine. Pour un particulier, cela signifie qu’un projet qui ne respecte pas le plan ne doit jamais être conçu en comptant sur une dérogation : son octroi dépend d’une commission, prend du temps et n’est jamais garanti. Le règlement général de construction en tire une conséquence procédurale : les projets dérogatoires sortent du circuit ordinaire des petits projets.

Quand consulter un professionnel

Quand la lecture du plan ne suffit pas

Un architecte inscrit à l’Ordre lit un règlement de zone et sait en déduire ce qu’on peut réellement bâtir ; c’est la première personne à consulter avec la note de renseignements en main, avant l’achat. Un juriste en droit de l’urbanisme est utile lorsque le terrain est grevé d’une emprise réservée, situé dans un périmètre mis à l’étude ou concerné par une révision de plan en cours d’enquête publique, car les droits du propriétaire y dépendent de délais précis.

Quelle est la différence entre le SDAU et le plan d’aménagement ?

Le SDAU fixe les orientations d’une agglomération à vingt-cinq ans et s’impose aux administrations ; le plan d’aménagement traduit ces orientations en règles immédiatement applicables à chaque parcelle pendant dix ans. C’est le plan d’aménagement qu’on oppose à un permis.

Combien de temps un plan d’aménagement reste-t-il en vigueur ?

Ses effets, notamment la déclaration d’utilité publique des équipements, durent dix ans. Les plans sont généralement actualisés à cette échéance.

Mon terrain est réservé à un équipement public : puis-je construire ?

Pas pendant la durée de la déclaration d’utilité publique. Si l’équipement n’est pas réalisé à l’expiration des dix ans, le terrain reprend le statut des terrains avoisinants.

Où consulter le plan d’aménagement de ma commune ?

À la commune et à l’agence urbaine, où il est affiché après approbation ; la note de renseignements en fournit un extrait pour votre parcelle.

Qu’est-ce qu’un plan de zonage ?

Un document transitoire qui définit l’utilisation des sols en l’absence de plan d’aménagement, approuvé par arrêté et valable au plus deux ans.

Sources

  1. Chtouki, H. (2011). La planification urbaine au Maroc : état des lieux et perspectives. FIG Working Week 2011, Marrakech. https://www.fig.net/resources/proceedings/fig_proceedings/fig2011/papers/ts06a/ts06a_chtouki_5236.pdf
  2. Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction, annexe 1 (modèle de note de renseignements). Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
  3. Aboulfaraj, Z. (2025). De la carte au terrain : que cache un plan d’aménagement urbain ? Médias24, 9 octobre 2025. https://medias24.com/2025/10/09/de-la-carte-au-terrain-que-cache-un-plan-damenagement-urbain/