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Built Morocco Architecture · Construction · Villes
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Image générée : ruelle de la médina de Marrakech aux murs roses, passage sous arc, étals et silhouettes de dos.
Villes

La médina de Marrakech : fondation, monuments, maisons, et l’après-séisme

La capitale qui a donné son nom au Maroc, ses chefs-d'œuvre et son habitat vivant, et ce que le séisme de 2023 a changé pour qui possède un riad.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 6 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Marrakech est la capitale almoravide et almohade qui a donné son nom au Maroc, une médina de 700 hectares dans 16 km de remparts, inscrite en 1985 pour ses monuments et son habitat vivant, et qui se relève du séisme du 8 septembre 2023

Fondée en 1070-1072 par les Almoravides, capitale des Almohades de 1147 à 1269, puis des Saadiens, Marrakech a fixé le modèle urbain que Fès Jdid imitera. La Koutoubia et son minaret de 77 mètres, les remparts et leurs portes, la kasbah, les tombeaux saadiens, le palais El Badi, la médersa Ben Youssef, le palais de la Bahia, la Ménara et l’Agdal justifient chacun, selon l’UNESCO, une inscription à eux seuls. L’habitat ancien, riads et derbs, souks et fondouks, est le critère vivant du classement et sa part la plus vulnérable. Depuis le séisme de 2023, qui a endommagé 34 mosquées dont la Koutoubia et des sections de remparts, des commissions techniques évaluent les dégâts et une commission scientifique examine chaque projet de démolition ; le Comité du patrimoine mondial suit la restauration et a écarté, en 2026, l’inscription sur la liste du patrimoine en péril.

Marrakech est la médina marocaine la plus achetée, la plus rénovée et la plus transformée par le tourisme ; c’est aussi, depuis 2023, celle où la question de la solidité des bâtiments anciens se pose avec le plus d’acuité. Ce guide décrit la fondation et la structure de la ville, ses monuments et son habitat d’après l’évaluation de l’UNESCO, puis ce que le séisme a changé pour les propriétaires et ce que le régime de protection leur impose. Il fait partie de la section Villes.

Comment Marrakech s’est-elle formée ?

En bref

Un campement almoravide devenu capitale en 1070-1072, une enceinte de 1126-1127, l’apogée almohade avec la Koutoubia et la kasbah, puis la renaissance saadienne au XVIe siècle.

L’UNESCO résume : « fondée en 1070-1072 par les Almoravides (1056-1147), capitale des Almohades (1147-1269), Marrakech fut longtemps un centre politique, économique et culturel majeur de l’Occident musulman, régnant sur l’Afrique du Nord et l’Andalousie ». L’évaluation de l’ICOMOS de 1984, qui a fondé l’inscription, précise que Youssef ben Tachfin fonda la ville « sur le site du campement dont Abou Bekr lui avait laissé la garde », et que l’enceinte « fut construite en 1126-1127 par ordre d’Ali ben Youssef ». Les Almohades, après avoir détruit la ville almoravide, en firent une capitale de prestige : c’est leur Koutoubia, achevée au XIIe siècle, dont « le minaret incomparable de 77 mètres » est « le symbole de la ville », et leur kasbah au sud. Après le déclin mérinide, les Saadiens (1510-1659) firent de Marrakech leur capitale et lui donnèrent El Badi, les tombeaux saadiens et la reconstruction de la médersa Ben Youssef ; les Alaouites, puis le XIXe siècle des grands vizirs, ajoutèrent la Bahia et les grandes demeures.

Le critère (ii) de l’inscription retient que « la capitale des Almoravides et des Almohades a joué un rôle décisif dans le développement urbain médiéval » et que Fès Jdid, la ville mérinide, « est une adaptation du modèle urbain antérieur de Marrakech » ; le critère (iv), que Marrakech, « qui a donné son nom à l’empire marocain, est un exemple achevé de grande capitale islamique de la Méditerranée occidentale ».

Comment la médina est-elle organisée ?

En bref

Une enceinte de pisé rouge de 16 kilomètres, un plan irrégulier de derbs autour de la Koutoubia et de Jemaa el-Fna, la kasbah au sud, les jardins et la palmeraie autour, et sous le sol les khettaras qui apportaient l’eau.

La médina couvre « 700 hectares » de tissu bâti dans une enceinte totale de 1 107 hectares, dont « la limite du bien est correctement définie par les remparts d’origine ». Ces remparts de pisé rouge, qui ont donné à la ville sa couleur, enferment un plan que l’UNESCO décrit comme un « enchevêtrement de ruelles » et que l’Organisation des villes du patrimoine mondial qualifie de « plan médiéval irrégulier », organisé autour de lieux de rencontre, mosquées, médersas et la grande place Jemaa el-Fna, inscrite à part comme espace culturel du patrimoine immatériel. Au sud, la kasbah almohade forme une ville dans la ville, avec le palais royal, les tombeaux saadiens et El Badi.

Deux éléments distinguent Marrakech des autres médinas. Les jardins et la palmeraie, « dont la plantation est attribuée aux Almoravides », font partie du bien : « son environnement naturel (notamment les jardins de l’Agdal, de la Ménara et la palmeraie) » compte parmi les composantes de la valeur universelle. Et les khettaras, galeries drainantes souterraines qui captaient l’eau de la nappe au pied de l’Atlas pour l’amener en ville, ont rendu la médina possible dans une plaine aride ; leur abandon est aujourd’hui cité par l’UNESCO parmi les atteintes à l’intégrité.

Quels sont les monuments et les types de bâtiments ?

En bref

Les chefs-d’œuvre : Koutoubia, remparts et portes, tombeaux saadiens, El Badi, Bahia, Ménara. Et le tissu : riads, derbs, souks, fondouks, qui portent le critère (v).

Monuments et types de bâtiments de la médina de Marrakech, d’après l’UNESCO.
ÉlémentÉpoqueCe qu’il représente
KoutoubiaAlmohade, XIIe s.Minaret de 77 m, « monument essentiel de l’architecture musulmane », modèle de la Giralda de Séville et de la tour Hassan ; fissuré en 2023, consolidé depuis
Remparts et portesAlmoravide 1126-27, remaniés16 km de pisé rouge, portes monumentales (Bab Agnaou, Bab Doukkala, Bab el-Khemis) ; sections endommagées en 2023, restaurées en urgence
KasbahAlmohadeCité royale au sud : palais, mosquée de la Kasbah, tombeaux saadiens, El Badi
Tombeaux saadiensXVIe s.Nécropole dynastique, marbre et zellige ; redécouverte en 1917
Palais El BadiSaadien, 1578-1593Ruines du palais d’Ahmed El Mansour, modèle du riad palatial
Médersa Ben YoussefMérinide, reconstruite XVIe s.Plus grande médersa du Maroc, cour à bassin, cellules d’étudiants
Palais de la BahiaXIXe s.Demeure du grand vizir, apogée du décor domestique ; consolidé après 2023
Ménara et AgdalAlmohade, remaniésBassins, pavillons, vergers ; composantes naturelles du bien
Riads, derbs, souks, fondouksXVIe-XXe s.« Habitat ancien, rendu vulnérable par le changement démographique » : le critère (v)

Le critère (i) retient que Marrakech « contient un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre d’architecture et d’art, dont chacun pourrait justifier à lui seul la reconnaissance d’une valeur universelle exceptionnelle ». Le critère (v) vise autre chose : « dans les 700 hectares de la médina, l’habitat ancien, rendu vulnérable par le changement démographique, représente un exemple éminent de ville historique vivante avec son enchevêtrement de ruelles, ses maisons, souks, fondouks, activités artisanales et métiers traditionnels ». Les guides sur le riad et sur le tadelakt décrivent cet habitat et ses métiers.

Qu’est-ce qui menace l’intégrité de la médina ?

En bref

Quatre choses selon l’UNESCO : la pression urbaine, les modifications incontrôlées des étages et des matériaux des maisons, l’abandon des khettaras, l’exploitation de la palmeraie. Et depuis 2023, le séisme.

L’UNESCO juge que « l’intégrité du bien est vulnérable en raison de la pression du développement urbain, des modifications incontrôlées des étages supérieurs et des matériaux de construction des maisons, de l’abandon des khettaras et de l’exploitation de la palmeraie ». Les deux premières visent directement les propriétaires de riads : la surélévation et le remplacement des matériaux traditionnels par le béton. L’évaluation d’authenticité est plus favorable : « les travaux de reconstruction et de réaménagement menés au cœur du centre historique respectent généralement le volume et le style d’origine », et la restauration « a considérablement ravivé les métiers artisanaux liés à la construction ».

Le Comité du patrimoine mondial a ajouté en 2026, par sa décision 48 COM 7B.6, une réserve sur deux projets de parkings à l’intérieur du bien, à Arset Bouachrine et à l’hôpital El Antaki : il demande « avant toute décision irréversible » un rapport consolidé répondant à chaque préoccupation technique, avec « des investigations archéologiques préalables », des études de trafic et d’environnement, et il demande que le projet d’Arset Bouachrine soit « réexaminé » avec des mesures pour « restaurer Arset Bouachrine dans son état d’origine et retrouver l’esprit originel du jardin historique ». Il demande aussi que soit clarifié « le système de gestion, en particulier la structure en place pour le bien, son statut, son personnel, son mandat et ses modalités de financement », et qu’un plan de gestion du tourisme durable soit préparé. La décision adoptée n’inscrit pas le bien sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Qu’a changé le séisme du 8 septembre 2023 ?

En bref

Des dégâts aux monuments et aux remparts, 34 mosquées touchées dont la Koutoubia, des commissions techniques d’évaluation, une commission scientifique pour les démolitions, et un suivi du Comité du patrimoine mondial jusqu’en 2027.

Le séisme d’Al Haouz, de magnitude 6,8, a frappé le 8 septembre 2023. Dans la médina, le minaret de la mosquée Kharbouch sur Jemaa el-Fna s’est partiellement effondré, les remparts ont montré des fissures profondes et des effondrements par sections, et la Koutoubia « a subi des fissures structurelles » ; l’UNESCO a dénombré 34 mosquées endommagées. Le rapport d’état de conservation soumis par le Maroc en février 2024 indique que « les remparts de la médina ont fait l’objet d’une campagne de restauration immédiate », et la directrice du patrimoine mondial a examiné en avril 2024 « les mesures mises en place et les travaux de consolidation entrepris pour la mosquée de la Koutoubia et le palais de la Bahia ».

Deux décisions du Comité encadrent la suite. En 2024 (décision 46 COM 7B.28), il a salué « la mise en place par l’État partie de commissions techniques pour évaluer les dommages causés par le séisme et d’une commission scientifique spécialisée pour examiner les projets d’arrêtés de démolition ». En 2026 (décision 48 COM 7B.6), il a noté « avec satisfaction les progrès » des interventions et demandé « une documentation technique et scientifique complète » comprenant « des rapports détaillés d’évaluation des dommages », « la documentation technique des interventions, y compris les options retenues, les méthodes d’intervention et le système de suivi », aussi pour les travaux « menés sous la responsabilité d’autres administrations, comme pour la mosquée de la Koutoubia », et « un calendrier consolidé des interventions », avec un rapport actualisé pour le 1er décembre 2027.

Attention

Pour un propriétaire, le séisme a deux conséquences pratiques. Tout bâtiment ancien de la médina devrait faire l’objet d’un diagnostic structurel par un ingénieur avant achat ou travaux : des fissures invisibles sous un enduit refait peuvent dater de 2023. Et un arrêté de démolition pour péril n’est plus une décision purement administrative : il passe par une commission scientifique, ce qui protège le patrimoine mais allonge les délais. Un bâtiment déclaré en péril ne se « régularise » pas ; il se diagnostique, se consolide ou se démolit selon l’avis de cette commission.

Quel est le régime de protection, et que signifie-t-il pour un propriétaire ?

En bref

La loi 22-80 et des textes propres à chaque grand monument ; l’Inspection régionale des monuments historiques, qui examine les permis et contrôle les chantiers ; la charte architecturale de la médina de 2008, élaborée par l’Agence urbaine.

Les textes : « les mesures de protection sont essentiellement liées aux différentes lois pour le classement des monuments et sites historiques, en particulier la loi 22-80 relative au patrimoine. Outre cette législation, chacun des monuments les plus importants de la médina de Marrakech est protégé par des textes réglementaires spécifiques. » L’acteur : « l’Inspection régionale des monuments historiques et sites (rattachée au ministère de la Culture) est spécifiquement responsable de la gestion, de la restauration, de l’entretien et de la conservation des monuments historiques d’une part, et d’autre part de l’examen des demandes de permis de construire et d’aménagement et du contrôle des chantiers dans la médina ». L’outil : « la Charte architecturale de la médina de Marrakech, élaborée par l’Agence urbaine de Marrakech en coopération avec l’Inspection régionale », dont la convention de mise en œuvre a été signée le 11 novembre 2008.

Concrètement : tout projet dans la médina suit la procédure de l’autorisation de construire avec l’avis de l’Inspection régionale et les prescriptions de la charte ; les surélévations et les matériaux non traditionnels sont les deux motifs de refus désignés par l’UNESCO comme menaces ; et le foncier des riads, souvent en indivision ou sous habous, se vérifie avant tout versement, comme l’explique Titre foncier vs melkia. Les règles détaillées font l’objet du guide sur la rénovation en médina.

Quand consulter un professionnel

Un ingénieur structure avant l’architecte, à Marrakech plus qu’ailleurs

Depuis 2023, l’ordre des consultations a changé : un ingénieur en structure, pour le diagnostic sismique du bâtiment et de ses voisins ; puis un architecte inscrit à l’Ordre qui connaît la charte architecturale et l’Inspection régionale ; puis les maalems des métiers marrakchis, tadelakt, zellige, bois, chaux. Le notaire intervient avant tous, pour le foncier. Built Morocco ne recommande aucun praticien.

Pourquoi Marrakech est-elle inscrite au patrimoine mondial ?

Pour quatre critères : ses chefs-d’œuvre (i), son rôle décisif dans l’urbanisme médiéval, imité par Fès Jdid (ii), son caractère de capitale islamique achevée de la Méditerranée occidentale (iv), et son habitat ancien vivant (v). Inscription en 1985.

Le séisme de 2023 a-t-il détruit la médina ?

Non. Il a endommagé des monuments, dont la Koutoubia et des sections de remparts, 34 mosquées et de nombreuses maisons, mais les remparts ont été restaurés en urgence et les grands monuments consolidés ; le Comité du patrimoine mondial a écarté en 2026 l’inscription en péril.

Qui examine les permis de construire dans la médina de Marrakech ?

L’Inspection régionale des monuments historiques et sites, rattachée au ministère de la Culture, en plus de la commission ordinaire, selon la charte architecturale de la médina de 2008.

Peut-on ajouter un étage à un riad de Marrakech ?

C’est précisément la modification que l’UNESCO désigne comme atteinte à l’intégrité du bien et que la charte architecturale encadre. Un projet qui y compte doit être vérifié avant l’achat.

Que sont les khettaras ?

Des galeries drainantes souterraines qui captaient l’eau de la nappe au pied de l’Atlas pour alimenter la ville et ses jardins. Leur abandon est cité par l’UNESCO parmi les atteintes à l’intégrité de la médina.

Sources

  1. UNESCO, Centre du patrimoine mondial. Médina de Marrakech : déclaration de valeur universelle exceptionnelle, intégrité, authenticité, protection et gestion (2009). https://whc.unesco.org/en/list/331/
  2. Comité du patrimoine mondial. Décision 46 COM 7B.28, Médina de Marrakech (New Delhi, 2024). https://whc.unesco.org/en/decisions/8554
  3. Comité du patrimoine mondial. Décision 48 COM 7B.6, Médina de Marrakech (Busan, 2026). https://whc.unesco.org/en/decisions/9063/
  4. UNESCO, Centre du patrimoine mondial. Rapport sur l’état de conservation, Médina de Marrakech (2024). https://whc.unesco.org/en/soc/4605
  5. ICOMOS (1984). Évaluation de la proposition d’inscription n° 331, Médina de Marrakech. https://whc.unesco.org/document/153207
  6. Hespress (2026). UNESCO praises Morocco’s reconstruction efforts but warns against irreversible changes in Marrakech. 5 septembre 2026. https://en.hespress.com/142319-unesco-praises-moroccos-reconstruction-efforts-but-warns-against-irreversible-changes-in-marrakech.html