Réponse courte
Un riad est une maison de médina organisée autour d’un jardin intérieur ; un dar, autour d’une cour sans jardin
Le mot riad vient de l’arabe riyāḍ, jardin. Il désigne une maison urbaine fermée sur la rue par un mur aveugle et ouverte sur elle-même par un patio planté, le plus souvent divisé en quatre carrés autour d’une vasque, bordé de galeries et de pièces en longueur, rarement plus hautes qu’un étage. Le dar partage le même principe d’introversion mais son patio est pavé, sans jardin. Attesté à Marrakech dès le XIIe siècle, le riad a été massivement reconverti en maison d’hôtes depuis les années 1990, ce qui a ranimé les métiers du bâti traditionnel et, en même temps, fragilisé l’intégrité des médinas. Y faire des travaux relève aujourd’hui d’un régime particulier, celui des sites classés.
Le riad est devenu, à l’étranger, le mot qui résume l’architecture marocaine, au point qu’on l’applique à toute maison de médina rénovée. Il désigne pourtant un type précis, avec une histoire, une anatomie et une logique climatique qui expliquent chacun de ses éléments. Ce guide les présente, puis dit ce que la reconversion touristique a changé et ce qu’il faut savoir avant d’acheter ou de rénover un riad dans une médina classée. Il ouvre la série des typologies du pilier Architecture marocaine.
Riad ou dar : quelle est la différence ?
En bref
Le jardin. Le riad a un patio planté autour d’un point d’eau ; le dar, un patio pavé. Le riad est en général plus vaste, mais ni l’un ni l’autre ne dépasse ordinairement un étage.
Les deux mots sont souvent confondus, y compris par les propriétaires. Ikrame Selkani, docteure en patrimoine, résume la distinction : les riads « sont plus grands et plus spacieux que les dars », sans toutefois dépasser le niveau R+1, parce qu’ils étaient conçus pour loger trois ou quatre générations d’une même famille ; leur façade est « un mur aveugle de 6 à 8 mètres de haut, complètement neutre », presque sans fenêtres, et au centre se trouve un point d’eau « richement décoré de zelliges et de plâtre sculpté, entouré de quatre carrés de jardin ». Le dar, lui, « peut paraître semblable au riad par sa disposition, mais la différence majeure est qu’il s’agit de constructions plus simples », au patio pavé.
La confusion vient du marché : depuis que la reconversion en maisons d’hôtes a fait du riad une marque, presque tout dar rénové est vendu sous ce nom. Le glossaire de Built Morocco conserve les deux termes dans leur sens architectural ; le guide sur le dar traite de la maison à cour pavée.
D’où vient le riad ?
En bref
D’une tradition méditerranéenne de la maison à cour, enrichie par le jardin clos andalou. Le plus ancien riad connu au Maroc est le palais almoravide de Marrakech, vers 1126 ; des vestiges antérieurs à ceux de l’Alhambra ont été trouvés à Chichaoua.
La maison ouverte sur une cour centrale est un héritage gréco-romain diffusé sur les côtes méditerranéennes ; le riad, « peut-être une extension du dar ou patio intérieur », aurait été adopté dans les premières villes maghrébines aux Xe et XIe siècles. Selon les archéologues Meunié et Terrasse, cités par Selkani, « le riad est une œuvre andalouse introduite au Maroc sous le règne d’Ali Ben Youssef », souverain almoravide protecteur des arts andalous ; « le plus ancien riad du Maroc était son palais à Marrakech, construit en 1126 et entièrement détruit pour faire place à la seconde Koutoubia ».
Cette lecture andalouse doit être nuancée : « les ruines d’un riad antérieur au riad de l’Alhambra, le plus ancien d’Andalousie, ont été mises au jour à Chichaoua », ce qui atteste la présence du type au Maroc dès le début du XIIe siècle, sans qu’on sache « si le modèle de la maison-jardin a été réimporté de l’Occident musulman ou si l’évolution des formes maghrébines et andalouses a été simultanée et complémentaire ». Les Almohades, puis les Saadiens avec le palais El Badi d’Ahmed El Mansour, ont donné au riad ses versions palatiales ; les maisons de notables des médinas en sont la déclinaison domestique.
Comment un riad est-il organisé ?
En bref
Une entrée en chicane, un patio planté bordé de galeries, des pièces en longueur ouvertes sur lui, une terrasse. Chaque élément a un nom et une fonction.
| Élément | Ce que c’est | À quoi il sert |
|---|---|---|
| Setwan (ou skifa d’entrée) | Couloir en chicane, parfois à colonnes et arcs, de la porte au patio | Recevoir sans ouvrir la maison aux regards ; couper la vue depuis la rue |
| Wast ed-dar | Cour intérieure régulière, à ciel ouvert, bordée sur trois ou quatre côtés d’une galerie à colonnes | Source de lumière et d’air ; abri contre soleil et pluie pour les pièces |
| Jardin et vasque | Quatre carrés plantés (oranger, citronnier, figuier, menthe, jasmin) autour d’un bassin ou d’une fontaine | Fraîcheur, ombre, parfum ; le centre symbolique de la maison |
| Bhou | Alcôve en renfoncement dans l’épaisseur du mur, à l’entrée d’une pièce, avec banquettes sur trois côtés | Recevoir en gardant l’œil sur la cour |
| Pièces de réception | Larges et peu profondes, hauts plafonds de bois peint ou sculpté, doubles portes de cèdre | Salons ; chaque pièce n’est accessible que depuis la cour |
| Angles | Cuisine, bains, escaliers tournants | Services tenus à l’écart de l’espace principal |
| Terrasse | Toit plat accessible par un escalier | Travaux domestiques, séchage, sociabilité entre voisines |
Deux traits structurent le plan. L’introversion d’abord : « toutes les pièces de la maison sont construites autour d’un patio » et « n’ont qu’un accès unique depuis la cour intérieure », si bien qu’on traverse le patio pour passer d’une pièce à l’autre. La hiérarchie ensuite : les pièces de réception au rez-de-chaussée ou à l’étage, les chambres desservies par de petits escaliers, « décorées selon l’importance de la personne qui les occupe », les services dans les angles.
Pourquoi le riad est-il frais en été ?
En bref
Parce que le patio fait tampon entre l’extérieur et les pièces, que les hauts plafonds évacuent l’air chaud et que l’air froid accumulé la nuit dans la cour repousse l’air chaud vers le haut.
La maison à patio « est idéalement adaptée au climat des pays chauds et semi-arides » : le patio « crée un microclimat à l’intérieur de la maison en agissant comme un espace tampon entre l’intérieur et l’extérieur, surtout en saison chaude ». Les pièces qui le bordent « ont un plafond haut, qui permet à l’air chauffé de monter et d’être évacué par des ouvertures en partie haute, laissant place à l’air frais qui arrive du patio » ; « l’air froid qui s’accumule dans le patio la nuit pousse l’air chaud vers le haut, gardant la maison fraîche longtemps ». La galerie couverte protège les pièces du soleil direct ; les chemmassiyat, petites ouvertures hautes en plâtre ajouré, assurent le passage de l’air et de la lumière ; les grandes doubles portes se ferment en hiver et s’ouvrent en été.
Ces dispositifs expliquent ce que la rénovation contemporaine défait le plus souvent : couvrir le patio d’une verrière, climatiser des pièces conçues pour respirer, ou fermer les galeries, c’est supprimer le mécanisme qui faisait fonctionner la maison.
De quoi un riad est-il fait ?
En bref
De murs de brique ou de terre, de plafonds et portes de cèdre, de sols et murs de zellige et de bejmat, d’enduits de tadelakt et de plâtre sculpté. Ces métiers ont été ranimés par la restauration des médinas.
Les murs extérieurs sont « souvent faits de terre ou de brique » ; les cours sont « pavées de zelliges ou de marbre » ; les plafonds et les portes sont de cèdre, peint ou sculpté ; les façades sur jardin « sont ornées de bois et de verre coloré ». Quatre revêtements reviennent dans toute maison de médina : le zellige, carreau de terre cuite émaillée découpé et assemblé en mosaïque, utilisé au Maroc depuis le Xe siècle et symboliquement attaché à Fès ; le bejmat, carreau rectangulaire de terre cuite posé en chevrons dans les cours et passages ; le tadelakt, enduit de chaux lissé et imperméabilisé, employé dans les hammams, bassins et salles d’eau ; et le gebs, plâtre sculpté des frises et des arcs. Chacun fait l’objet d’un guide propre, à commencer par le zellige et le tadelakt.
L’UNESCO note, dans son évaluation d’authenticité de la médina de Marrakech, que « l’utilisation de matériaux traditionnels dans ces opérations de restauration a considérablement ravivé les métiers artisanaux liés à la construction (zellige, enduit à la chaux (tadelakt), bois peint et sculpté, plâtrerie, ferronnerie, ébénisterie, etc.) ». C’est l’effet le plus positif de la vague de rénovation des trente dernières années.
Que s’est-il passé depuis les années 1990 ?
En bref
Les familles ont quitté les médinas pour la ville moderne ; des acheteurs, souvent européens, ont racheté et transformé les riads en maisons d’hôtes. Les métiers ont revécu ; les médinas ont perdu une part de leur population et de leur intégrité.
Selkani décrit le mécanisme : « dans les années 1980, la nouvelle génération de familles a préféré migrer vers des logements contemporains », et ce patrimoine « déprécié et abandonné par une large part des classes supérieures marocaines » a été « progressivement valorisé sous un tout autre angle par de petits et moyens promoteurs immobiliers, surtout d’origine européenne et en particulier française, qui y ont vu de nouvelles possibilités d’usage résidentiel et touristique dans les années 1990 ». A suivi « un processus de réhabilitation architecturale, pas toujours réussi, et de transformation sociale, économique et fonctionnelle » des riads en restaurants, hébergements et résidences.
Le bilan est double. D’un côté, la restauration a ravivé les métiers et sauvé des bâtiments qui s’effondraient. De l’autre, l’UNESCO juge que « l’intégrité du bien est vulnérable en raison de la pression du développement urbain, des modifications incontrôlées des étages supérieurs et des matériaux de construction des maisons, de l’abandon des khettaras et de l’exploitation des palmeraies ». Le critère (v) de l’inscription de Marrakech vise précisément « l’habitat ancien, rendu vulnérable par le changement démographique », comme « exemple éminent d’une ville historique vivante ». Un riad transformé en hôtel avec un étage ajouté et une piscine dans le patio est, au sens de la convention, une atteinte à ce qui justifie le classement.
Que faut-il savoir avant d’acheter ou de rénover un riad ?
En bref
Qu’une médina classée est un site protégé : la loi 22-80 s’applique, l’Inspection régionale des monuments historiques examine les demandes de permis, et une charte architecturale encadre les travaux. Et que le foncier des médinas est souvent complexe.
Le cadre est décrit dans l’évaluation même de l’UNESCO : « les mesures de protection sont essentiellement liées aux différentes lois pour le classement des monuments et sites historiques, en particulier la loi 22-80 relative au patrimoine » ; « l’Inspection régionale des monuments historiques et sites (rattachée au ministère de la Culture) est spécifiquement responsable », outre la conservation des monuments, « de l’examen des demandes de permis de construire et d’aménagement et du contrôle des chantiers dans la médina ». Une « Charte architecturale de la médina de Marrakech, élaborée par l’Agence urbaine de Marrakech en coopération avec l’Inspection régionale », constitue l’outil de gestion du patrimoine architectural, urbain et paysager, avec une convention de mise en œuvre signée le 11 novembre 2008. Fès, Meknès, Rabat, Tétouan et Essaouira, également inscrites, connaissent des dispositifs comparables.
Concrètement, un projet de rénovation en médina suit la procédure ordinaire du règlement général de construction, celle de l’autorisation de construire, avec un visa supplémentaire du service du patrimoine et des prescriptions de la charte sur les volumes, les hauteurs, les matériaux et les façades. Deux points dominent les refus : les surélévations, que l’UNESCO désigne comme la première menace, et les matériaux non traditionnels en façade ou en toiture. Le guide sur la rénovation en médina détaille ces règles.
Attention
Le foncier des médinas est la première difficulté, avant l’architecture. Beaucoup de riads sont détenus par melkia, en indivision entre des dizaines d’héritiers, ou grevés de habous. Avant tout versement, lisez le guide Titre foncier vs melkia et faites examiner les actes par un notaire. Un riad magnifique sur un titre contesté ne se rénove pas, il se plaide.
Quand consulter un professionnel
Un architecte qui connaît la médina, et un notaire avant lui
La rénovation d’un riad relève d’un architecte inscrit à l’Ordre, de préférence familier des chartes architecturales des médinas et des services du patrimoine ; les erreurs de conception, patio couvert, étage ajouté, galeries fermées, sont irréversibles et exposent à un refus de permis ou à une mise en conformité. Le notaire intervient avant : la vérification du statut foncier d’une maison de médina est un travail à part entière. Built Morocco ne recommande aucun praticien.
Quelle est la différence entre un riad et un dar ?
Le riad a un patio planté, le plus souvent en quatre carrés autour d’une vasque ; le dar a un patio pavé, sans jardin. Les deux sont des maisons introverties de médina, en général sans plus d’un étage.
Depuis quand existe-t-il des riads au Maroc ?
Le plus ancien riad connu est le palais almoravide d’Ali Ben Youssef à Marrakech, vers 1126, détruit pour construire la Koutoubia ; des vestiges antérieurs à ceux de l’Alhambra ont été trouvés à Chichaoua. Le type est attesté dès le début du XIIe siècle.
Pourquoi les riads n’ont-ils pas de fenêtres sur la rue ?
Par introversion : la maison protège l’intimité de la famille et s’ouvre sur son patio, qui lui donne lumière et air. Le mur aveugle protège aussi de la chaleur et du bruit.
Peut-on ajouter un étage à un riad ?
Dans une médina classée, c’est précisément la modification que l’UNESCO désigne comme première menace à l’intégrité, et que les chartes architecturales et le service du patrimoine encadrent strictement. Un projet qui y compte doit être vérifié avant l’achat.
Faut-il un permis pour rénover un riad ?
Oui, l’autorisation de construire ordinaire, avec en plus l’avis du service du patrimoine (Inspection régionale des monuments historiques) et le respect de la charte architecturale de la médina.
Sources
- Selkani, I. (2021). The Riads of Morocco as tourist accommodation products: characteristics and potentialities. Revista Internacional de Turismo, Empresa y Territorio, 5(2), 42-60. https://doi.org/10.21071/riturem.v5i2.13679
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial. Médina de Marrakech : déclaration de valeur universelle exceptionnelle, intégrité, authenticité, protection et gestion (2009). https://whc.unesco.org/en/list/331/
- Royaume du Maroc (2013). Décret n° 2-13-424 du 24 mai 2013 approuvant le règlement général de construction. Bulletin officiel n° 6174 du 1er août 2013, reproduit par FAOLEX. https://faolex.fao.org/docs/pdf/mor134797.pdf
