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Built Morocco Architecture · Construction · Villes
Dernière vérification : 5 octobre 2026Vérifié
Image générée : mains d'un artisan assemblant des tesselles de zellige vert, bleu et ocre sur un établi à Fès.
Architecture marocaine · Matériaux

Le zellige : fabrication, pose, prix

Le zellige est une mosaïque découpée pièce par pièce et posée à l'envers ; deux traditions coexistent au Maroc. Comment il se fabrique, se lit et s'achète.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 5 avril 2027 Lecture 10 min

Réponse courte

Le zellige est une mosaïque de terre cuite émaillée, découpée pièce par pièce au marteau et assemblée à l’envers ; il en existe deux techniques au Maroc, celle de Fès et celle de Tétouan

Le zellige est un revêtement de céramique architecturale fait de petites pièces de terre cuite émaillée, découpées à la main dans des carreaux cuits puis assemblées, face contre terre, en compositions géométriques coulées au mortier. Attesté au Maroc depuis le Xe siècle et attaché symboliquement à Fès, il descend d’un art partagé avec al-Andalus. Au Maroc coexistent deux traditions distinctes par l’argile, la cuisson et la découpe : le zellige fassi, le plus répandu, découpé au menqach dans de grands carreaux, et le zellige tétouanais, moulé pièce par pièce, aujourd’hui menacé de disparition. Le prix d’un zellige dépend du nombre de pièces et du travail de découpe et de pose, et Built Morocco n’en publie aucune fourchette sans source.

Le zellige est l’ornement marocain que le monde entier copie, en carreaux imprimés et en « effet zellige ». Le vrai est un métier à plus de quatorze étapes, de l’extraction d’une argile particulière à la pose à l’envers d’une composition que seul le maître voit en pensée. Ce guide explique ce qu’est un zellige, comment il se fabrique selon les deux traditions marocaines, comment il se pose et se lit, et ce qu’un acheteur doit vérifier. Il appartient à la série sur les matériaux du pilier Architecture marocaine.

Qu’est-ce qu’un zellige ?

En bref

Une mosaïque de céramique : des pièces de terre cuite émaillée, découpées après cuisson, assemblées en motifs géométriques. Ce n’est ni un carreau décoré ni une faïence peinte.

Selkani le définit comme « un carreau d’argile émaillé avec un dessin qui reproduit l’assemblage géométrique de mosaïques posées », « utilisé au Maroc depuis le Xe siècle », qui « orne les murs et les sols » des maisons, mosquées, riads et hammams, dont « la forme carrée aux dimensions variables et les couleurs vives permettent de multiplier les compositions à l’infini ». Si de nombreuses villes en produisent, « l’image de Fès reste symboliquement liée à cet art, influencé par les Maures d’Andalousie qui ont vécu dans cette ville pendant son essor ».

Ce qui distingue le zellige d’un simple carrelage tient en trois points : chaque pièce est découpée à la main après cuisson et émaillage, dans un carreau plus grand ; les pièces, de formes variées (étoiles, losanges, pétales), s’assemblent sans joint visible en réseaux géométriques ; et la pose se fait à l’envers, la face émaillée contre le sol, avant coulage du mortier. Le bejmat, carreau rectangulaire de même terre posé en chevrons au sol, est le cousin simple du zellige, « utilisé comme pavage dès le Xe siècle », d’abord en blanc et terre cuite puis coloré à partir du XIVe siècle.

D’où vient-il ?

En bref

D’un art arabo-musulman présent de l’Iran à l’Andalousie. Les deux traditions marocaines, fassie et tétouanaise, remontent toutes deux à al-Andalus, la seconde apportée par les Grenadins réfugiés à Tétouan après 1492.

Le zellige, explique l’historien M’hamed Benaboud, professeur à l’université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, « émane de la culture arabo-musulmane et existe dans plusieurs pays comme la Grèce, la Turquie, l’Iran ou encore l’Ouzbékistan ». Au Maroc, ses recherches mènent à l’Alhambra : « j’ai retracé l’origine du zellige de Tétouan au palais de l’Alhambra, où j’ai aussi trouvé ce que l’on appelle les carreaux de Fassi. Il apparaît donc que les deux versions au Maroc sont originaires d’al-Andalus, et que les immigrants grenadins qui se sont installés à Tétouan après la conquête castillane de Grenade en 1492 ont continué à développer leur artisanat du côté marocain du détroit ».

Les deux traditions ont ensuite divergé. Le zellige de Fès « est répandu dans de nombreuses villes marocaines comme Meknès, Rabat, Salé et Marrakech » ; celui de Tétouan a « survécu dans la ville de Tétouan pendant de nombreux siècles » sans s’exporter, et « ces deux types sont très différents en termes de composition et de technique de production ».

Comment se fabrique le zellige de Fès ?

En bref

Une argile locale extraite près de Fès, façonnée en carreaux, séchée, cuite une première fois, émaillée, recuite, puis découpée pièce par pièce au menqach, marteau tranchant, d’après un gabarit. Plus de quatorze étapes, toutes manuelles.

Abdellatif Hissouf, maâlem formé dans la médina de Fès et artisan depuis plus de quarante ans, rapporte que la fabrication « passe par plus de quatorze étapes, depuis l’extraction de l’argile dans la région de Benjellik jusqu’à sa transformation en véritables œuvres d’art ». Selon lui, « le secret de l’excellence du zellige de Fès réside dans son argile unique, introuvable ailleurs dans le monde ni même dans d’autres régions du Royaume ». La séquence, telle que Le360 la décrit à partir de ses ateliers :

  1. Extraction et préparation de l’argile. Argile grise de la région de Fès, trempée, décantée, pétrie.
  2. Façonnage des carreaux. Pains d’argile aplatis à la main en carreaux carrés, séchés au soleil.
  3. Première cuisson. Au four traditionnel, sous la direction d’un maître cuiseur « spécialiste de la disposition géométrique des pièces dans le four ».
  4. Émaillage. Le carreau cuit « est recouvert des couleurs choisies par le client ».
  5. Seconde cuisson. « Replacé au four pour fixer définitivement la teinte. »
  6. Traçage et découpe. « À l’aide d’un gabarit et d’un marteau tranchant, l’artisan découpe les pièces avec précision » : c’est le travail au menqach, « un art qui nécessite des années d’apprentissage et qu’aucune machine ne peut reproduire fidèlement », qui fait vivre près de 2 000 artisans à Fès.
  7. Assemblage à l’envers. « Les pièces sont assemblées à l’envers, la face du zellige tournée vers le bas », selon le dessin, puis le panneau est coulé au mortier et retourné.

Benaboud décrit la même logique vue de Tétouan : à Fès, « un gros morceau d’argile est utilisé plutôt que de petits morceaux », « le bloc d’argile est cuit, puis les petits morceaux sont sculptés individuellement », et « la surface n’est pas aussi lisse et brillante que celle des carreaux de Tétouan ». Cette rugosité légère et les irrégularités de teinte sont la signature du zellige fassi authentique, non un défaut.

En quoi le zellige de Tétouan diffère-t-il ?

En bref

Par tout : une argile riche en fer qui ne se taille pas, des pièces moulées une à une, deux cuissons à température contrôlée, une surface plus lisse et brillante, des couleurs limitées. Et par sa rareté : il risque de disparaître.

L’argile tétouanaise « provient d’un lieu appelé Taffalin », à douze mètres de profondeur, et « est riche en oxyde de fer ; c’est pourquoi les tuiles de Tétouan sont moins solides que les tuiles fassies » et « il n’est pas possible de tailler ces tuiles ». D’où une technique inverse de celle de Fès : « l’argile est d’abord filtrée », « le broyage est effectué manuellement », « ce mélange est placé dans des moules qui diffèrent de taille et de forme, mais qui sont tous de petite taille » et « chaque morceau est ensuite cuit individuellement ». Les pièces « sont cuites deux fois, avant et après l’ajout de la coloration minérale », entre 960 et 980 °C puis entre 1 000 et 1 030 °C, ce qui produit des teintes « non homogènes », signature du zellige de Tétouan. Les couleurs sont « noire, blanc, bleu, jaune ou vert ».

Ce zellige est « en voie d’extinction » : « il reste peu d’artisans qui conservent encore ce savoir-faire », la demande se raréfie parce qu’« il est plus cher que les tuiles de Fès », et « de nombreux acheteurs de vieilles maisons dans la médina de Tétouan démolissent et reconstruisent les tuiles, sans considérer la préservation des zelliges ». Pour qui rénove à Tétouan, conserver et restaurer un zellige ancien plutôt que le remplacer par du fassi est un acte de préservation.

Comment lire un zellige ?

En bref

Par ses réseaux géométriques, construits à partir d’étoiles à 8, 12, 16 ou 24 branches et de leurs pièces dérivées, et par ses zones : frise basse, panneau, bordure. Le nom de chaque pièce est un vocabulaire de métier.

Les compositions du zellige fassi reposent sur des réseaux d’étoiles dont les pièces dérivées portent des noms transmis d’atelier en atelier ; une étude linguistique de Tazi et Brigui (2019) a relevé cette terminologie à Fès. Pour l’acheteur, trois niveaux de lecture suffisent : le nombre de branches de l’étoile centrale, qui donne la complexité du réseau et le nombre de pièces ; l’organisation en registres (plinthe, panneau, frise de couronnement) ; et la palette, qui à Fès va du blanc et du noir aux bleus, verts, jaunes et bruns, avec les irrégularités de surface et de teinte propres au fait main. Un zellige parfaitement régulier et brillant, aux couleurs uniformes, est en général un produit industriel ou un carreau imprimé.

Que vérifier avant d’acheter ou de commander ?

En bref

L’origine de l’argile et de l’atelier, la découpe au menqach, l’émaillage en seconde cuisson, le nombre de pièces au mètre carré, et un poseur qui travaille à l’envers. Le prix se juge sur ces éléments, pas au mètre carré nu.

  • L’argile et l’atelier. Un zellige fassi se fabrique à Fès avec l’argile de la région ; les artisans signalent une pénurie d’argile qui « fragilise les ateliers traditionnels » et appellent à « l’exploitation de nouvelles carrières dans la région de Benjellik ». Demandez la provenance.
  • La découpe. Main au menqach ou machine. La mécanisation progresse ; les maîtres avertissent que « si la machine fait tout, nous deviendrons une usine comme les autres ». Le prix doit refléter ce choix.
  • Les deux cuissons. Un émail cuit en seconde cuisson tient ; une peinture froide s’use.
  • Le nombre de pièces. Une composition en étoiles à 16 ou 24 branches compte bien plus de pièces qu’un damier : c’est la vraie variable du coût.
  • La pose. Un poseur formé assemble à l’envers sur un dessin, coule le mortier, retourne les panneaux et les scelle ; une pose « à l’endroit » pièce par pièce est une pose de carrelage, pas de zellige.
  • Le support et l’usage. Mur, sol, bassin, fontaine : terre cuite émaillée, le zellige supporte l’eau et le trafic, mais demande un support stable et des joints de mortier corrects.

Attention

Built Morocco ne publie pas de prix du zellige au mètre carré : il varie avec la complexité du réseau, la découpe manuelle ou mécanique, l’atelier et la pose, et aucune source vérifiable n’en donne une fourchette stable. Un devis sérieux détaille le motif, le nombre de pièces, l’origine et la méthode de pose.

Quand consulter un professionnel

Le maâlem zellaj fabrique, le poseur assemble, l’architecte dessine

Un zellige se commande à un atelier, idéalement en visitant la fabrication, et se pose par un artisan qui maîtrise l’assemblage à l’envers ; ce sont parfois deux métiers. L’architecte ou le décorateur fixe le dessin, les registres et les surfaces, et vérifie la compatibilité du support. Dans une médina classée, la restauration d’un zellige ancien relève des règles du patrimoine décrites dans le guide sur la rénovation en médina. Built Morocco ne recommande aucun praticien.

Quelle est la différence entre le zellige et un carreau « effet zellige » ?

Le zellige est découpé à la main pièce par pièce dans un carreau cuit et émaillé, puis assemblé à l’envers ; un carreau « effet zellige » est un carrelage industriel imprimé ou moulé, posé à l’endroit. Les irrégularités de surface et de teinte du vrai zellige sont sa signature.

Pourquoi le zellige de Fès est-il le plus répandu ?

Parce que son argile se taille, ce qui permet de découper des pièces variées dans de grands carreaux, et parce que ses ateliers ont diffusé la technique vers Meknès, Rabat, Salé, Marrakech et à l’exportation. Le zellige de Tétouan, moulé pièce par pièce, est resté local.

Le zellige convient-il aux sols et aux salles de bains ?

Oui, c’est son usage historique : sols, murs, fontaines, bassins, hammams. Il demande un support stable, une pose au mortier et des joints corrects.

Pourquoi le zellige de Tétouan est-il menacé ?

Parce qu’il reste peu d’artisans, que la demande baisse en raison de son prix plus élevé, et que les acheteurs de maisons anciennes remplacent souvent les zelliges au lieu de les restaurer, selon l’historien M’hamed Benaboud.

Combien coûte le zellige au mètre carré ?

Built Morocco ne publie pas de fourchette : le prix dépend du nombre de pièces du motif, de la découpe manuelle ou mécanique, de l’atelier et de la pose. Jugez un devis sur ces éléments.

Sources

  1. Boujnane, I. (2022). Zellige : les tuiles de Tétouan menacées d’extinction. Médias24, 7 décembre 2022 (entretien avec M’hamed Benaboud, université Abdelmalek Essaâdi). https://medias24.com/2022/12/07/zellige-les-tuiles-de-tetouan-menacees-dextinction/
  2. Jaoual, Y. (2026). Entre authenticité du « menqach » et avancée de la mécanisation, les artisans du zellige fassi tirent la sonnette d’alarme. Le360, 19 juillet 2026. https://fr.le360.ma/culture/entre-authenticite-du-menqach-et-avancee-de-la-mecanisation-les-artisans-du-zellige-fassi-tirent-la_KZDJA52AAJHWJFW2ODP7TUXAYE/
  3. Le360 (2025). Art et artisanat (EP1). Comment le zellige fassi s’impose sur la carte mondiale de l’architecture. https://fr.le360.ma/culture/art-et-artisanat-ep1-comment-le-zellige-fassi-simpose-sur-la-carte-mondiale-de-larchitecture_AURWVINXFFDDVKX4O6PPOA22BU/
  4. Selkani, I. (2021). The Riads of Morocco as tourist accommodation products: characteristics and potentialities. Revista Internacional de Turismo, Empresa y Territorio, 5(2), 42-60. https://doi.org/10.21071/riturem.v5i2.13679