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Built Morocco Architecture · Construction · Villes
Dernière vérification : 6 octobre 2026Vérifié
Image générée : remparts de terre de Meknès, porte monumentale, bastion carré et nid de cigognes.
Villes

Meknès, ville historique : la capitale de Moulay Ismaïl, ses remparts de terre et ce que sa sauvegarde exige

La ville impériale que l'on visite le moins et qui a le plus à perdre : ce que dit l'UNESCO et ce que cela impose à qui y rénove.

Mis à jour le 17 octobre 2026 Prochaine révision 6 avril 2027 Lecture 9 min

Réponse courte

Meknès est la capitale que Moulay Ismaïl a bâtie en terre à la fin du XVIIe siècle : une médina et une ville impériale enfermées dans des remparts de 15 mètres, inscrites en 1996, et dont l’UNESCO juge certains attributs « déjà compromis »

Fondée en 1061 par les Almoravides comme place forte, Meknès devint sous Moulay Ismaïl (1672-1727) « la première grande œuvre de la dynastie alaouite » : une ville impériale de palais, greniers, écuries, bassins et jardins, de style hispano-mauresque, ceinte de hautes murailles percées de neuf portes monumentales, adossée à la médina almoravide et mérinide. L’UNESCO l’a inscrite sous le seul critère (iv), comme « témoignage exemplaire des villes fortifiées du Maghreb » et illustration « des spécificités de l’architecture de terre (pisé) » des villes du Maghreb. Son évaluation est la plus sévère de toutes les médinas marocaines : la structure urbaine est « devenue vulnérable en raison d’un changement rapide et d’un développement mal contrôlé », certains bâtiments « très vulnérables en raison de rénovations ou reconstructions inappropriées », et « un plan de gestion du bien n’est pas encore disponible ». La protection repose sur la loi 22-80, un service municipal des monuments historiques créé en 2003, et une charte architecturale et un plan d’aménagement de la médina en préparation.

Meknès est la ville impériale que l’on visite le moins et qui a le plus à perdre. Ses remparts de pisé, les plus hauts du Maroc, enferment des kilomètres de corridors aveugles, des greniers monumentaux et une médina compacte où les maisons s’effondrent plus vite qu’on ne les restaure. L’UNESCO le dit sans détour, et le drame du minaret de Bab Berdieyinne, en février 2010, l’a rappelé. Ce guide décrit la formation de la ville, ses deux ensembles, ses monuments, sa matière, puis ce que son régime de protection, incomplet, signifie pour qui y possède ou y rénove. Il fait partie de la section Villes.

Comment Meknès est-elle devenue capitale ?

En bref

Une place forte almoravide de 1061, nommée d’après la tribu des Meknassa, grossie par les réfugiés d’Andalousie, puis choisie par Moulay Ismaïl en 1672 pour y bâtir, pendant cinquante-cinq ans, une ville impériale à sa mesure.

L’UNESCO retrace l’origine : « fondée en 1061 par les Almoravides comme place forte militaire, son nom vient de la grande tribu berbère des Meknassa qui dominait le Maroc oriental jusqu’au Tafilalet dès le VIIIe siècle. Géographiquement, elle est remarquablement située dans la plaine du Saïss entre le Moyen Atlas et le massif pré-rifain du Zerhoun. » L’ICOMOS ajoute que « des réfugiés des centres maures d’Andalousie tombés aux mains des forces chrétiennes ont aussi contribué à grossir la population ». Puis vint le règne : « le fondateur de la dynastie alaouite, Moulay Ismaïl (1672-1727), fit de Meknès sa capitale » et entreprit « la création d’une nouvelle ville impériale », « construite dans le style hispano-mauresque », « impressionnante par son étendue » autant que par ses monuments.

Le bien inscrit, précise l’ICOMOS, « est celui qui constituait la capitale sous le règne de Moulay Ismaïl ». L’UNESCO souligne ce que cela représente : « outre son intérêt architectural d’être construite dans le style hispano-mauresque, Meknès présente un intérêt particulier en ce qu’elle représente la première grande œuvre de la dynastie alaouite, reflétant la grandeur de son créateur », et « une approche remarquable de la conception urbaine, intégrant des éléments de l’architecture et de l’urbanisme islamiques et européens ».

Comment la ville historique est-elle organisée ?

En bref

Deux ensembles séparés par des remparts : la médina, compacte et surpeuplée, et la kasbah impériale, faite de vastes espaces ouverts, de longs corridors entre hauts murs aveugles, de palais, de greniers et de jardins.

« Les deux ensembles sont entourés d’une série de remparts qui les séparent l’un de l’autre. » L’UNESCO les oppose terme à terme : « la médina constitue un ensemble compact et surpeuplé tandis que la kasbah comprend de vastes espaces ouverts. La ville impériale se distingue de la médina par ses longs corridors entre de hauts murs aveugles, le sombre dédale de Dar el-Kbira, la richesse de Qsar el-Mhansha, les vastes jardins et la robustesse des tours et des bastions. » Ces corridors, qui serpentent entre deux murailles sur des centaines de mètres, sont la signature de Meknès : une ville de pouvoir conçue pour isoler, défendre et impressionner, dont l’empreinte fait de la kasbah un ensemble plus vaste que la médina elle-même.

Les remparts sont le monument majeur. Le critère (iv) retient que « Meknès se distingue par l’aspect monumental et volumineux de ses remparts atteignant 15 mètres de hauteur » et « est considérée comme un témoignage exemplaire des villes fortifiées du Maghreb ». Derrière eux, « percés de neuf portes monumentales », Bab Mansour en tête, l’UNESCO compte « vingt-cinq mosquées, dix hammams, des palais, de vastes greniers, des vestiges de fondouks et des maisons privées, témoignages des périodes almoravide, mérinide et alaouite ».

Quels sont les monuments ?

En bref

Bab Mansour et les portes, Dar el-Kbira, Qsar el-Mhansha, les greniers et écuries de Heri es-Souani, le bassin de l’Agdal, le mausolée de Moulay Ismaïl, la médersa Bou Inania, la prison dite de Kara, et la place el-Hedim entre médina et kasbah.

Les principaux éléments de la ville historique de Meknès, d’après l’UNESCO.
ÉlémentCe que c’est
Remparts et neuf portesPisé, jusqu’à 15 m de haut ; Bab Mansour el-Aleuj, achevée sous Moulay Abdallah, la porte la plus célèbre du Maroc
Dar el-KbiraLe grand palais de Moulay Ismaïl, « sombre dédale » en ruines dans la kasbah
Qsar el-MhanshaPalais dont l’UNESCO retient « la richesse »
Heri es-Souani et Sahrij es-SouaniGreniers voûtés et écuries, bassin de réserve d’eau de l’Agdal
Mausolée de Moulay IsmaïlTombeau du fondateur, restauré au XXe siècle
Médersa Bou InaniaCollège mérinide dans la médina, XIVe siècle
Habs KaraVastes salles souterraines dites prison, dans la kasbah
Place el-HedimL’esplanade qui sépare médina et kasbah, devant Bab Mansour
Mosquées, hammams, fondouks, maisonsVingt-cinq mosquées, dix hammams, vestiges de fondouks et maisons privées

Ce qui lie ces monuments est leur matière : Meknès « illustre les spécificités de l’architecture de terre (pisé) des villes du Maghreb », et l’UNESCO l’a inscrite dans son programme du patrimoine mondial de l’architecture de terre. Les remparts, les greniers, les corridors sont de terre damée, parfois sur des mètres d’épaisseur, et obéissent aux règles décrites dans le guide sur le pisé : coiffer, drainer, enduire, jamais cimenter.

Pourquoi l’UNESCO juge-t-elle Meknès vulnérable ?

En bref

Développement rapide et mal contrôlé, rénovations et reconstructions inappropriées, érosion des traits du tissu, zone tampon fragilisée : l’UNESCO écrit que « certains attributs sont déjà compromis ».

L’évaluation ne ménage pas la ville. Sur l’intégrité : « bien que certains attributs clés de la ville et de l’ancienne capitale impériale soient bien préservés, d’autres nécessitent des mesures de conservation. D’une manière générale, la structure urbaine et les caractéristiques du tissu urbain de Meknès sont devenues vulnérables en raison d’un changement rapide et d’un développement mal contrôlé, de même que la zone tampon environnante. » Sur l’authenticité : « certains bâtiments sont devenus très vulnérables en raison de rénovations ou de reconstructions inappropriées, et le tissu urbain est aussi fragilisé par l’érosion de ses traits. D’une manière générale, la capacité du bien à exprimer sa valeur universelle exceptionnelle devrait être renforcée, car certains de ses attributs sont déjà compromis. »

Le 19 février 2010, le minaret de la mosquée de Bab Berdieyinne, dans la médina, s’est effondré pendant la prière du vendredi, faisant plusieurs dizaines de morts ; la directrice générale de l’UNESCO a déploré la perte de vies humaines et offert son soutien. Pour la médina, cet effondrement a été le signal d’alarme sur l’état du bâti ancien, qu’il soit de terre, de brique ou de pierre, et sur l’urgence d’un diagnostic systématique.

Quel est le régime de protection, et que signifie-t-il pour un propriétaire ?

En bref

La loi 22-80 ; un service municipal des monuments historiques créé en 2003, en lien avec l’Inspection régionale ; des programmes de restructuration ; une charte architecturale et un plan d’aménagement de la médina en préparation ; et, fait rare, pas encore de plan de gestion.

« Les mesures de protection relèvent essentiellement des différentes lois pour le classement des monuments et sites historiques, en particulier la loi 22-80 (1981) relative à la conservation du patrimoine marocain. Un plan de gestion du bien n’est pas encore disponible. » L’acteur local : « en 2003, consciente de son rôle essentiel dans la gestion du bien, le conseil municipal de la ville a créé un service des monuments historiques chargé de la supervision et de la mise en œuvre des programmes de réhabilitation du patrimoine local, en étroite collaboration avec l’Inspection régionale des monuments historiques et des sites (ministère de la Culture) ». Les outils : « la préparation d’une charte architecturale et d’un plan d’aménagement pour la médina, l’application d’une étude de réhabilitation (restructuration des axes et voies principales, rues et ruelles, traitement et embellissement des façades extérieures, renforcement de la maçonnerie traditionnelle et des revêtements) », la restauration des murailles et portes, « des bastions, palais, greniers, silos et forteresses », des places historiques et des espaces verts. L’UNESCO conclut sur « un besoin de renforcement des capacités institutionnelles » pour que la conservation reçoive « la plus haute attention dans la planification et la prise de décision ».

Pour un propriétaire, Meknès est la médina où les règles sont les moins écrites et où le contrôle est le plus inégal, ce qui est une facilité apparente et un risque réel : un bâtiment « compromis » par une rénovation inappropriée perd sa valeur patrimoniale et, souvent, sa solidité. Tout projet suit l’autorisation de construire avec l’avis du service municipal et de l’Inspection régionale ; les prescriptions de la charte, une fois adoptée, s’imposeront. Le foncier, comme dans toutes les médinas, est à vérifier avant tout versement, comme l’explique Titre foncier vs melkia.

Attention

À Meknès, l’absence de plan de gestion et la fragilité du contrôle ne signifient pas qu’on peut tout faire : elles signifient que personne ne vous empêchera de détruire ce que vous achetez. Avant tout chantier sur un mur de pisé ou une maison ancienne, faites établir un diagnostic structurel et un relevé des matériaux d’origine par un architecte ; le ciment sur la terre et la surélévation sur des murs anciens sont les deux erreurs que l’UNESCO désigne, ici comme ailleurs, sous le nom de « rénovations inappropriées ».

Quand consulter un professionnel

Un architecte, un ingénieur et un maalem du pisé

Rénover à Meknès suppose un architecte inscrit à l’Ordre qui connaisse le service municipal des monuments historiques et l’Inspection régionale, un ingénieur en structure pour tout bâtiment ancien, et des maalems du pisé et de la chaux, que la ville possède encore. Le notaire intervient avant, pour le foncier. Built Morocco ne recommande aucun praticien.

Pourquoi Meknès est-elle inscrite au patrimoine mondial ?

Sous le critère (iv), comme témoignage exemplaire des villes fortifiées du Maghreb et exemple complet d’une capitale nord-africaine du XVIIe siècle combinant conceptions islamique et européenne, et pour son architecture de terre. Inscription en 1996.

Quelle est la différence entre la médina et la kasbah de Meknès ?

La médina est l’ensemble compact et surpeuplé d’origine almoravide et mérinide ; la kasbah est la ville impériale de Moulay Ismaïl, faite de vastes espaces, de longs corridors entre murs aveugles, de palais, greniers et jardins. Des remparts les séparent.

Les remparts de Meknès sont-ils en terre ?

Oui, en pisé, jusqu’à 15 mètres de haut ; l’UNESCO retient Meknès pour les spécificités de l’architecture de terre des villes du Maghreb. Ils exigent l’entretien propre à la terre crue : couverture, drainage, enduits respirants.

Meknès a-t-elle un plan de gestion ?

Non, selon l’évaluation de l’UNESCO ; une charte architecturale et un plan d’aménagement de la médina sont en préparation, et un service municipal des monuments historiques existe depuis 2003.

Que s’est-il passé à Bab Berdieyinne en 2010 ?

Le minaret de la mosquée s’est effondré le 19 février 2010 pendant la prière, faisant plusieurs dizaines de morts. L’UNESCO a déploré la perte de vies humaines ; l’événement a révélé la fragilité du bâti ancien de la médina.

Sources

  1. UNESCO, Centre du patrimoine mondial. Ville historique de Meknès : déclaration de valeur universelle exceptionnelle, intégrité, authenticité, protection et gestion. https://whc.unesco.org/en/list/793
  2. ICOMOS (1996). Évaluation de la proposition d’inscription n° 793, Ville historique de Meknès. https://whc.unesco.org/document/154290
  3. Comité du patrimoine mondial. Décision 20 COM VIII.C, inscription de la Ville historique de Meknès (1996). https://whc.unesco.org/en/decisions/3002
  4. UNESCO (2010). La Directrice générale de l’UNESCO déplore la perte de vies humaines et offre son soutien après l’effondrement d’un minaret à Meknès. 22 février 2010. https://whc.unesco.org/en/news/589/