Réponse courte
Tétouan est la médina la plus petite du Maroc et, selon l’UNESCO, « indiscutablement la plus complète » : une ville reconstruite par les réfugiés d’Andalousie, enfermée dans 5 km de murailles à sept portes sur les pentes du Jebel Dersa
Point de jonction entre le Maroc et l’Andalousie dès le VIIIe siècle, Tétouan a été rebâtie après la Reconquête par les Grenadins expulsés d’Espagne, qui lui ont donné son art, son architecture et ses métiers, dont le zellige tétouanais. Inscrite en 1997 pour cette synthèse maroco-andalouse (critère ii), comme ville côtière fortifiée adossée à la montagne (iv) et comme point de contact entre deux civilisations et deux continents (v), elle a gardé un plan « pratiquement intact » et des maisons « restées intactes dans leur majorité », malgré « des étages ajoutés illégalement ». Elle est protégée par la loi 22-80, gérée par le plan directeur de 1982, le plan de la médina et une coopération avec le gouvernement d’Andalousie ; la priorité de conservation va aux remparts, aux portes et aux borjs.
Tétouan est la médina que les acheteurs de riads connaissent le moins et celle qui a le moins changé. Blanche, compacte, en pente, elle est l’héritière directe de Grenade, et son architecture domestique, ses stucs, ses zelliges moulés et ses patios ont une finesse que les grandes médinas ont perdue. Ce guide décrit sa formation, sa structure, ses bâtiments et ses métiers d’après l’évaluation de l’UNESCO, puis ce que son régime de protection signifie pour un propriétaire, avec une attention particulière au zellige de Tétouan, en voie de disparition. Il fait partie de la section Villes.
Comment Tétouan s’est-elle formée ?
En bref
Une ville ancienne, détruite puis reconstruite à la fin du XVe siècle par les réfugiés de Grenade, étendue du XVIIe au XVIIIe siècle, et marquée au XXe par le protectorat espagnol.
L’UNESCO situe Tétouan « sur les pentes escarpées du Jebel Dersa » et rappelle qu’« à l’époque islamique, elle eut une importance particulière à partir du VIIIe siècle, comme point de jonction entre le Maroc et l’Andalousie ». Le moment fondateur est la fin du XVe siècle : « après la Reconquête, la ville fut reconstruite par des réfugiés de cette région, chassés par les Espagnols », et « cela se lit dans son art et son architecture, qui révèlent une nette influence andalouse ». L’historien tétouanais M’hamed Benaboud précise que « les immigrants grenadins qui se sont installés à Tétouan après la conquête castillane de Grenade en 1492 ont continué à développer leur artisanat du côté marocain du détroit ».
Le critère (iv) retient que « son expansion, du début du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, se reflète dans ses fortifications, son architecture, sa synthèse des cultures marocaine et andalouse et son tissu urbain ». Les remparts et portes actuels « datent du XVIIIe siècle et conservent leur configuration et leurs matériaux d’origine ». Au XXe siècle, Tétouan fut la capitale du protectorat espagnol, et l’UNESCO note que ses traits urbains et architecturaux « ont influencé le développement architectural et artistique de la période du protectorat espagnol » : l’Ensanche, la ville nouvelle espagnole, dialogue avec la médina au lieu de lui tourner le dos.
Comment la médina est-elle organisée ?
En bref
Une enceinte de 5 km percée de sept portes, des rues principales reliant les portes entre elles et desservant places, fondouks, mosquées et zaouïas, puis des ruelles vers les quartiers résidentiels semi-privés. Le tout sur 6,5 hectares, en pente.
Le plan est décrit avec précision par l’UNESCO : « la médina de Tétouan est entourée d’une muraille historique d’environ 5 km de long et accessible par sept portes. Le tracé urbain se caractérise par des rues principales reliant les portes entre elles et donnant accès aux espaces ouverts (places et placettes) et aux bâtiments publics tels que fondouks, mosquées, zaouïas et aux quartiers artisanaux et commerciaux, et d’autre part à des ruelles plus petites conduisant à des passages et à des zones résidentielles semi-privées. » L’évaluation de l’ICOMOS de 1997 ajoute que la médina « descend doucement du nord-ouest » et se divise en trois quartiers, dont Rabat al-Aala, l’extension du XVIe siècle vers le nord-ouest.
Cette hiérarchie, rue, ruelle, passage, derb semi-privé, est celle de toutes les médinas, mais Tétouan en est, selon l’UNESCO, l’exemple le plus lisible : « un tissu urbain original caractérisé par la hiérarchie des rues et la division des zones résidentielles, commerciales et artisanales selon un plan clairement défini ». La surface inscrite, 6,5 hectares, est minuscule à côté des 280 hectares de Fès ou des 700 de Marrakech ; c’est une ville qu’on traverse à pied en un quart d’heure.
Quels bâtiments et quels métiers ?
En bref
Remparts, portes et borjs ; zaouïas, fontaines, hammams, fours et silos historiques ; maisons à patio d’esprit grenadin. Et deux institutions : Dar Sanaa, l’école des arts et métiers, et l’Institut national des beaux-arts.
| Élément | Ce que dit l’UNESCO |
|---|---|
| Remparts, portes, borjs | XVIIIe siècle, configuration et matériaux d’origine ; priorité de conservation |
| Zaouïas, fontaines, hammams, fours, silos | « Ont conservé leur authenticité, dans leur forme, leurs matériaux de construction, leur décoration ou même, pour certains, leur fonction » |
| Fondouks, mosquées | Bâtiments publics desservis par les rues principales |
| Maisons | « Restées intactes dans leur majorité, même si certains étages ont été ajoutés illégalement et des séparations intérieures installées » |
| Dar Sanaa, Institut national des beaux-arts | École d’arts et métiers et institut qui « témoignent d’une tradition ancestrale et d’une ouverture sur le monde » |
Les métiers sont ce qui distingue Tétouan. Son zellige, « cuit deux fois », moulé pièce par pièce dans une argile riche en fer qui ne se taille pas, aux teintes « non homogènes » et à la palette limitée, est selon Benaboud « en voie d’extinction » : « il reste peu d’artisans qui conservent encore ce savoir-faire », et « de nombreux acheteurs de vieilles maisons dans la médina de Tétouan démolissent et reconstruisent les tuiles, sans considérer la préservation des zelliges ». Le guide sur le zellige détaille les deux techniques. Dar Sanaa, fondée sous le protectorat pour former aux métiers traditionnels, est l’institution qui maintient le fil ; la maison à patio tétouanaise, plus proche de la casa grenadine que du riad marrakchi, est décrite dans le guide sur le riad.
Qu’est-ce qui menace la médina ?
En bref
Moins que les autres : l’UNESCO ne cite ni surpopulation ni pression urbaine, mais des étages ajoutés illégalement, des cloisonnements intérieurs, et des remparts, portes et borjs qui demandent des travaux prioritaires.
L’évaluation de 2009 est la plus sereine des médinas marocaines. L’intégrité est complète : « les limites du bien incluent tous les attributs nécessaires pour exprimer sa valeur universelle exceptionnelle » ; mais « certains attributs nécessitent des mesures de conservation, et la priorité en matière de travaux de conservation est donnée aux remparts, aux portes et aux borjs (tours de guet fortifiées) ». L’authenticité tient à « son tracé urbain d’origine pratiquement intact et à sa conception initiale avec muraille d’enceinte, portes et constructions fortifiées ». La seule atteinte signalée est celle qui frappe toutes les médinas : « certains étages ont été ajoutés illégalement et des séparations intérieures installées », c’est-à-dire la surélévation et la division des grandes maisons en logements.
À quoi s’ajoute la menace que l’UNESCO ne mesure pas mais que Benaboud décrit : la disparition du zellige tétouanais, remplacé par le fassi lors des rénovations. À Tétouan, conserver et restaurer un sol ou un lambris ancien est un acte de préservation que l’évaluation du patrimoine mondial ne recense pas encore.
Quel est le régime de protection, et que signifie-t-il pour un propriétaire ?
En bref
La loi 22-80, sans texte propre à la médina ; un plan directeur de 1982 qui lui donne « une haute priorité », un plan de développement régional de 1996 et un plan de la médina ; une gestion partagée entre commune, urbanisme, autorités locales et ministère de la Culture ; une coopération avec l’Andalousie pour la réhabilitation du centre.
Les textes : « les mesures de protection sont essentiellement réglementées par les différentes lois pour le classement des monuments et sites historiques, en particulier la loi 22-80 (1981) relative à la conservation du patrimoine marocain ». L’ICOMOS relevait en 1997 que la médina « n’est légalement protégée par aucun » texte qui lui soit propre ; la protection passe par la loi générale et par les documents d’urbanisme. Les acteurs : « la municipalité, les services d’urbanisme, les autorités locales et le ministère de la Culture sont tous responsables de la gestion et de la conservation du bien », le ministère « oriente et assiste les différents services ». Les outils : « le plan directeur de Tétouan, élaboré par le ministère de l’Habitat et de l’Aménagement en 1982, donnant une haute priorité à la conservation et à la réhabilitation de la médina » ; « le plan de développement de la région du Nord-Ouest préparé en février 1996 », qui pose « l’obligation de conserver et de réhabiliter les médinas » ; et « le plan de développement de la médina de Tétouan », qui « comprend des dispositions de conservation et de gestion et tient compte de la valeur universelle du site ». La municipalité « coopère avec le gouvernement d’Andalousie (Espagne) pour la réalisation de travaux de réhabilitation dans le centre de la médina ».
Pour un propriétaire, cela signifie que les règles s’appliquent par le plan d’aménagement de la médina et par l’avis des services de la Culture plutôt que par un texte de classement spécifique : tout projet suit l’autorisation de construire ordinaire, avec l’avis du patrimoine, et la surélévation, seule atteinte citée par l’UNESCO, est le motif de refus à anticiper. Le foncier des maisons andalouses, souvent en indivision depuis des générations, se vérifie avant tout versement, comme l’explique Titre foncier vs melkia.
Attention
À Tétouan, la valeur d’une maison ancienne tient à ce que les grandes médinas ont perdu : ses zelliges moulés, ses stucs, ses boiseries et son patio d’origine. Les remplacer par du zellige de Fès et du tadelakt de catalogue, comme le constatent les historiens de la ville, détruit précisément ce qu’on a acheté. Avant tout chantier, faites inventorier et photographier les revêtements d’origine, et cherchez un restaurateur plutôt qu’un poseur.
Quand consulter un professionnel
Un architecte qui connaît la médina, et les maalems de Dar Sanaa
Rénover à Tétouan suppose un architecte inscrit à l’Ordre familier du plan de la médina et des services régionaux de la Culture, et des maalems formés aux métiers tétouanais, dont la filière passe par Dar Sanaa et les rares ateliers de zellige qui subsistent. Un restaurateur de décors, pour les stucs et les zelliges anciens, vaut mieux qu’un remplacement. Le notaire intervient avant, pour le foncier. Built Morocco ne recommande aucun praticien.
Pourquoi Tétouan est-elle appelée la ville andalouse du Maroc ?
Parce qu’elle a été reconstruite à la fin du XVe siècle par les réfugiés de Grenade chassés par la Reconquête, qui y ont transplanté leur art, leur architecture et leurs métiers. L’UNESCO l’a inscrite en 1997 pour cette synthèse maroco-andalouse.
Quelle est la taille de la médina de Tétouan ?
6,5 hectares inscrits, dans une enceinte d’environ 5 km percée de sept portes. C’est l’une des plus petites médinas du Maroc, mais selon l’UNESCO la plus complète.
Quelle loi protège la médina de Tétouan ?
La loi 22-80 de 1981 sur la conservation du patrimoine, sans texte propre à la médina ; la protection passe aussi par le plan directeur de 1982, le plan régional de 1996 et le plan de développement de la médina.
Qu’est-ce que le zellige de Tétouan ?
Un zellige moulé pièce par pièce dans une argile locale riche en fer, cuit deux fois, aux teintes non homogènes, différent du zellige de Fès découpé au marteau. Il est en voie de disparition et mérite d’être restauré plutôt que remplacé.
Peut-on ajouter un étage à une maison de la médina de Tétouan ?
Les étages ajoutés illégalement sont la seule atteinte à l’authenticité que l’UNESCO signale à Tétouan ; c’est le motif de refus à anticiper devant les services du patrimoine.
Sources
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial. Médina de Tétouan (ancienne Titawin) : déclaration de valeur universelle exceptionnelle, intégrité, authenticité, protection et gestion (2009). https://whc.unesco.org/en/list/837
- ICOMOS (1997). Évaluation de la proposition d’inscription n° 837, Médina de Tétouan. https://whc.unesco.org/document/154409
- Boujnane, I. (2022). Zellige : les tuiles de Tétouan menacées d’extinction. Médias24, 7 décembre 2022 (entretien avec M’hamed Benaboud). https://medias24.com/2022/12/07/zellige-les-tuiles-de-tetouan-menacees-dextinction/
